
Considéré comme un trésor du patrimoine immatériel par l’UNESCO, le mvet dépasse largement le statut d’instrument de musique. Au sein des sociétés Fang-Beti d’Afrique centrale — du Cameroun au Gabon en passant par la Guinée équatoriale — il demeure à la fois mémoire, spiritualité et récit fondateur. Derrière ses cordes tendues sur des calebasses se dissimule une histoire marquée par la guerre, la transe et la transmission initiatique.
Une naissance forgée dans la transe guerrière
Selon une tradition rapportée par le maître camerounais François Alimar à l’agence Anadolu, l’origine du mvet remonterait à un épisode survenu en plein combat. Un guerrier nommé Oyono Ada Ngone aurait sombré dans un état de conscience altéré, proche d’une mort apparente. Durant cette transe, il aurait reçu une révélation : celle d’un instrument sacré et d’une connaissance cosmique sur la création du monde et l’ordre des forces invisibles.
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À son réveil, retiré dans la forêt, il aurait matérialisé cette vision en assemblant bambou, lianes et calebasses. Ainsi serait né le premier mvet, à la croisée du chant épique, de la sagesse initiatique et de la mémoire collective.
Un outil de mobilisation psychologique avant la bataille
Avant de devenir un instrument de célébration, le mvet fut longtemps associé au monde des guerriers. Les chants et récits qu’il accompagnait servaient à préparer les combattants au conflit. On y racontait notamment l’épopée du peuple Ekang-Mbom, détenteur du secret de l’immortalité, opposé au peuple Kwii. Ces récits mythiques, où les héros triomphaient toujours, agissaient comme un levier moral et mental, insufflant courage et sentiment d’invincibilité.
Le mvet fonctionnait ainsi comme une arme psychologique : il consolidait l’identité du groupe, renforçait la cohésion et préparait les esprits à affronter l’ennemi.
Un pont entre les vivants et les ancêtres
Au-delà de la guerre, le mvet occupait une place centrale dans la vie spirituelle. Les veillées nocturnes n’étaient pas de simples moments de divertissement. Elles constituaient des espaces de dialogue symbolique avec les ancêtres. Les difficultés de la communauté y étaient évoquées, et les réponses surgissaient à travers chants, paraboles et récits.
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Certains maîtres étaient réputés capables d’entrer en état de transe et de « voyager » vers l’au-delà, rapportant des enseignements destinés à guider le groupe. L’instrument servait alors de médiateur entre visible et invisible, passé et présent.
Entre modernité et héritage
Aujourd’hui, le mvet s’est en partie sécularisé. Ses cordes peuvent être métalliques, sa puissance sonore adaptée aux scènes contemporaines. Il accompagne mariages, festivals et événements culturels. Mais derrière ces usages modernes subsiste une fonction essentielle : transmettre l’histoire, les valeurs morales et la vision du monde d’une civilisation.
Le mvet reste ainsi un symbole vivant de la profondeur des traditions d’Afrique centrale : un instrument né dans la fureur des combats, nourri par la mystique et devenu patrimoine universel.
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Par imam chroniqueur
Babacar Diop














