Monsieur le Ministre,
Il devient urgent d’affronter avec lucidité la situation préoccupante qui affecte actuellement notre système éducatif. Ce qui se déroule sous nos yeux n’est plus un simple dysfonctionnement conjoncturel, mais un dérèglement profond qui menace durablement la continuité pédagogique, la crédibilité de l’institution scolaire et la confiance des familles dans l’école de la République. Une telle situation, si elle venait à s’installer dans la durée, compromettrait irrémédiablement l’avenir de milliers d’enfants et fragiliserait l’édifice éducatif tout entier.
La question des étudiants, aussi légitime soit-elle, ne doit en aucun cas se confondre avec le droit fondamental des élèves à recevoir un enseignement régulier, structuré et de qualité. Les écoliers et collégiens d’aujourd’hui seront certes les étudiants de demain, mais ils demeurent avant tout des enfants dont le parcours scolaire exige stabilité, encadrement et sérénité. Leur solidarité envers leurs aînés ne saurait se traduire par un sacrifice répété de leurs propres apprentissages. L’école ne doit pas devenir un espace d’interruptions prolongées, d’incertitudes chroniques et de journées perdues qui fragilisent les plus jeunes et accentuent les disparités entre établissements.
Chacun sait que les programmes officiels, notamment dans les classes d’examen, sont denses et exigeants. Aucun aménagement improvisé ne saurait compenser pleinement les heures de cours manquées. Chaque journée d’enseignement perdue creuse les inégalités entre élèves, accentue les retards d’apprentissage et alimente le découragement. Dans les zones rurales comme dans les centres urbains, les familles, déjà confrontées à de multiples difficultés économiques et sociales, ne peuvent porter seules le poids de ces perturbations répétées. L’indifférence face à cette situation reviendrait à accepter une hausse prévisible du taux d’échec scolaire et de décrochage, alors même que les enfants ne sont en rien responsables de cette crise.
Au-delà de l’urgence immédiate, cette période appelle des décisions fortes, structurantes et durables. Il devient indispensable de garantir la continuité effective des cours, d’anticiper les perturbations avant qu’elles ne surviennent, de renforcer les dispositifs de rattrapage pédagogique et d’assurer une communication transparente et régulière avec les parents, les enseignants et l’ensemble des acteurs de la communauté éducative. La protection du temps scolaire doit être érigée en priorité nationale. L’école doit demeurer un sanctuaire du savoir, un espace stable où l’élève trouve repères, discipline, sécurité et espérance.
Il serait également opportun d’engager une réflexion plus large sur la gouvernance du système éducatif : amélioration du dialogue entre les différents niveaux d’enseignement, mécanismes de médiation plus efficaces, calendrier académique mieux sécurisé, et valorisation accrue du rôle des enseignants qui, malgré les contraintes, demeurent les piliers de la transmission du savoir. Une stratégie claire de gestion des crises éducatives, assortie de mesures préventives, permettrait d’éviter que de telles situations ne se reproduisent avec la même ampleur.
Monsieur le Ministre, l’éducation n’est pas un service accessoire : elle constitue le socle de la cohésion sociale, de la stabilité nationale et du développement durable du Sénégal. Lorsqu’elle vacille, c’est toute la société qui se fragilise. Vous avez aujourd’hui la responsabilité historique de prendre des mesures urgentes, concertées et efficaces pour préserver l’avenir des élèves, rassurer les familles et restaurer la confiance dans l’institution scolaire. Les générations futures jugeront notre capacité collective à protéger leur droit à apprendre dans des conditions dignes et régulières.
Nous vous interpellons avec fermeté mais dans le respect dû à votre fonction : il est temps d’agir pour mettre fin à cette récréation prolongée et redonner à l’école sa mission première — instruire, former et éclairer les citoyens de demain. L’heure n’est plus aux diagnostics répétés ni aux ajustements temporaires, mais à des décisions courageuses, cohérentes et durables.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma très haute considération.
Par imam chroniqueur
Babacar Diop














