Thaïlande : le retour des clans ruraux écrase les ambitions réformatrices

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Thaïlande : le retour des clans ruraux écrase les ambitions réformatrices

Le virage politique de ce week-end à Bangkok ne se limite pas à une simple alternance. Alors que beaucoup anticipaient une confirmation de la montée progressiste, les urnes ont livré un verdict inattendu, révélant la résilience d’un système électoral profondément enraciné.

Le Parti du Peuple, formation réformatrice portée par la jeunesse, a vu sa dynamique stoppée net dans les zones rurales. Selon les résultats non officiels d’Al Jazeera, c’est Anutin Charnvirakul et son parti Bhumjaithai qui émergent grands vainqueurs, décrochant plus de 190 sièges sur 500 et lançant immédiatement les manœuvres pour former une coalition gouvernementale.

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La mécanique des « Grandes Maisons »

Ce succès s’explique par la réactivation du système de patronage des « Baan Yai », dynasties politiques locales particulièrement influentes dans les provinces de Chonburi, Buriram et Sisaket. Ces réseaux territoriaux ont agi comme un verrou, limitant l’impact des réformes proposées par l’opposition.

Comme l’explique un assistant parlementaire à Al Jazeera :

« À Bangkok, les gens voient leurs députés comme des législateurs. Ici, ils sont des chefs de village, quelqu’un qui se bat pour vous au quotidien. »

Dans un contexte de ressources limitées, les populations rurales privilégient des solutions concrètes et immédiates plutôt qu’une vision politique abstraite.

L’effondrement du vote réformateur

Avec seulement 118 sièges, le Parti du Peuple perd des dizaines d’élus par rapport au scrutin de 2023. Son leader Nattaphong Ruengpanyawut a reconnu la défaite, présentant ses excuses aux militants. Si des allégations d’achat de voix ont circulé, la direction du parti admet qu’elles ne suffisent pas à expliquer l’ampleur du revers.

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Le constat des analystes est clair : l’incapacité des progressistes à pénétrer le système de clientèle a été une erreur stratégique majeure. Khemthong Tonsakulrungruang, constitutionnaliste à l’Université Chulalongkorn, note :

« Pour beaucoup d’électeurs ruraux, ce système de patronage constitue le seul filet de sécurité dont ils disposent. »

Pression judiciaire et participation en berne

La défaite électorale s’accompagne d’une menace judiciaire immédiate. La Commission nationale anti-corruption a saisi la Cour suprême pour tenter d’exclure 44 députés du Parti du Peuple, dont son leader, fragilisant durablement l’opposition.

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Le scrutin a également enregistré une abstention record de 35 %, le taux le plus bas depuis trente ans, favorisant mécaniquement les « votes organisés » des réseaux traditionnels face à un électorat jeune et urbain moins mobilisé.

Par imam chroniqueur
Babacar Diop

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