🇲🇬 Madagascar : Le jour où la CAPSAT a parlé — entre rupture militaire et exil présidentiel

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🇲🇬 Madagascar : Le jour où la CAPSAT a parlé — entre rupture militaire et exil présidentiel

Analyse Dunia News | Par Frédéric Herman Tossoukpe

Une aube de rupture

Dans la matinée du dimanche 12 octobre 2025, Madagascar s’est réveillée dans une atmosphère d’incertitude et de tension.
Dans les rues d’Antananarivo, les murmures se faisaient rumeur : le président Andry Rajoelina aurait quitté le pays à bord d’un avion militaire français, après une nuit d’intenses négociations et de mouvements inhabituels autour du palais présidentiel d’Iavoloha.
Quelques heures plus tard, des unités d’élite de l’armée, notamment la Compagnie d’Appui à la Sécurité Présidentielle et Antiterroriste (CAPSAT), ont annoncé publiquement leur ralliement au peuple.
Un événement rare, lourd de symboles et porteur d’un message : le pouvoir a changé de camp.

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La fracture au sommet de l’État

Le président Rajoelina, longtemps perçu comme l’homme fort de la transition malgache et artisan d’un certain renouveau économique, faisait face depuis plusieurs mois à une montée populaire sans précédent.
Les coupures d’électricité, la flambée du coût de la vie et la rareté de l’eau avaient transformé la colère sociale en véritable révolte générationnelle, portée par ce que certains appellent déjà “le mouvement Gen Z”.
Mais la colère du peuple ne suffisait pas à renverser un régime structuré autour d’un appareil sécuritaire solide.
Il fallait un basculement plus profond.
Et c’est ce qu’a incarné la défection de la CAPSAT : une rupture au cœur du dispositif militaire, symbole de la fin de la loyauté aveugle au pouvoir exécutif.

Le rôle trouble de Paris

C’est une constante des crises africaines : lorsqu’un pouvoir chancelle, les regards se tournent vers les anciennes métropoles.
Cette fois, la France est citée comme acteur logistique de l’exfiltration du président Rajoelina.
Selon plusieurs sources locales et internationales, un avion militaire français aurait décollé dans la nuit depuis Ivato, emportant le chef de l’État vers une destination encore inconnue.
Du côté de Paris, le Quai d’Orsay dément toute opération militaire active, évoquant simplement une “évacuation préventive de ressortissants et de personnalités à risque”.
Mais le doute persiste.
Et dans un contexte où la France a perdu du terrain diplomatique en Afrique de l’Ouest (Niger, Mali, Burkina Faso), cette implication, même limitée, interroge : a-t-elle voulu protéger un allié ou éviter un bain de sang ?

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La CAPSAT : d’un bras armé à un symbole

Il faut comprendre ce que représente la CAPSAT dans l’imaginaire malgache.
Unité d’élite, entraînée, respectée, mais aussi redoutée, la CAPSAT a déjà joué un rôle central lors de précédentes crises institutionnelles.
Son nom évoque discipline et détermination, mais aussi la mémoire des luttes de 2009, lorsque le même Rajoelina, alors maire de la capitale, avait bénéficié d’un soutien militaire pour prendre le pouvoir.
Aujourd’hui, l’histoire semble se répéter, mais dans le sens inverse :
ce sont désormais des segments de l’armée qui jugent que le pouvoir politique a trahi la nation.
Dans leur communiqué, les officiers ralliés affirment “ne pas vouloir gouverner”, mais “rétablir la souveraineté du peuple et l’ordre républicain”.
Des mots lourds, mais ambigus.
Car dans l’histoire africaine, chaque putsch commence par la promesse de ne pas en être un.

Le peuple, la rue et la peur

À Antananarivo, les scènes de liesse populaire se mêlaient à la prudence.
Des jeunes brandissaient le drapeau national, criant “Vahoaka ambony !” (“le peuple au-dessus !”), tandis que des familles se réfugiaient chez elles, redoutant des affrontements entre forces loyalistes et insurgées.
La tension est palpable :
les ministères sont désertés, les banques fermées, et plusieurs gouverneurs ont annoncé “suspendre toute activité administrative” en attendant “le rétablissement de l’ordre constitutionnel”.
La capitale retient son souffle, entre espoir et vertige.

Les leçons d’une crise africaine

Ce qui se joue à Madagascar dépasse ses frontières.
L’événement s’inscrit dans une série de secousses politiques africaines où la jeunesse et l’armée forment des alliances inattendues.
Mais il interroge aussi la nature même du pouvoir sur le continent :
Peut-on parler de démocratie lorsque les institutions se plient au jeu d’un seul homme ?
Et peut-on parler de stabilité lorsque le peuple, pour se faire entendre, doit compter sur les armes de ceux qui devraient le protéger ?

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Trois scénarios à suivre

  1. La transition négociée : une coalition entre militaires, société civile et anciens ministres pourrait voir le jour, sous la supervision de l’Union africaine et de la SADC.
  2. Le retour de Rajoelina : si son exil s’avère temporaire, il pourrait tenter un come-back politique, à la manière d’un Mobutu ou d’un Compaoré.
  3. La rupture totale : dissolution des institutions, création d’un conseil de transition et redéfinition du régime. Ce serait un tournant majeur, aussi dangereux que libérateur.

Le verdict de l’histoire

En exfiltrant un président contesté et en libérant la parole militaire, Madagascar vient d’écrire une page de son histoire à l’encre des révolutions silencieuses.
L’île rouge, souvent ignorée du tumulte continental, redevient un miroir pour l’Afrique tout entière : celui d’un continent qui cherche à concilier jeunesse, justice et souveraineté.
Mais si la France a réellement joué un rôle, elle devra cette fois affronter le regard critique d’une Afrique qui n’est plus dupe.

Analyse signée :
✍🏽 Frédéric Herman Tossoukpe
Rédacteur en chef – Dunia News Analyse
Édition spéciale du 13 octobre 2025

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