80 ans de l’ONU : l’Afrique face au miroir d’un multilatéralisme fatigué

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Le 26 juin 1945, l’Organisation des Nations unies voyait le jour à San Francisco, dans l’espoir d’empêcher les dérives sanglantes du siècle précédent. Quatre-vingts ans plus tard, le monde a changé, les équilibres se sont déplacés mais l’ONU, elle, semble en décalage. Crises à répétition, paralysie du Conseil de sécurité, réformes toujours repoussées : l’organisation censée incarner la paix mondiale traverse une crise de crédibilité. Et l’Afrique, longtemps reléguée au rang de spectatrice, ose désormais poser la question : quelle place pour notre continent dans ce système mondial essoufflé ?

80 ans de l’ONU : l’Afrique face au miroir d’un multilatéralisme fatigué

Lorsque l’ONU est créée en 1945, l’Afrique est encore, pour l’essentiel, sous domination coloniale. Le droit de veto est confié aux cinq grandes puissances militaires de l’époque, dont aucune n’est africaine ni même issue du Sud global. L’ONU devient pourtant rapidement un cadre central des relations internationales, notamment en accompagnant les processus de décolonisation dans les décennies suivantes. Les jeunes nations africaines y voient alors un levier de reconnaissance et un espace d’expression.

Mais si la tribune est ouverte, le pouvoir, lui, reste verrouillé. En 80 ans, aucun pays africain n’a obtenu un siège permanent au Conseil de sécurité. Les grandes décisions continuent d’être prises au sommet d’un échiquier figé, dans lequel l’Afrique ne pèse pas ou si peu.

Face aux conflits les plus brûlants de ces dernières années Soudan, Libye, Palestine, Ukraine l’ONU a souvent brillé par son silence ou son impuissance. Le Conseil de sécurité, paralysé par les vétos croisés de ses membres permanents, ne parvient plus à jouer son rôle de garant de la paix. Dans bien des cas, ce sont les initiatives régionales, parfois africaines, qui prennent le relais, dans un bricolage diplomatique de plus en plus fréquent.

Et pendant que les défis se multiplient changement climatique, insécurité alimentaire, flux migratoires, pandémies les grandes puissances jouent leur partition en solo, détournant les forums multilatéraux à leur avantage. L’ONU devient alors l’arène d’un théâtre où l’intérêt des peuples, notamment africains, est relégué au second plan.

Depuis plus de deux décennies, les appels africains à une réforme du Conseil de sécurité se succèdent, sans suite concrète. L’Union africaine, par la Déclaration d’Ezulwini (2005), demande deux sièges permanents avec droit de veto pour le continent, et cinq sièges non permanents. Mais les rapports de force mondiaux freinent toute évolution sérieuse.

Comment accepter qu’un continent de 1,4 milliard d’habitants, représentant près d’un tiers des membres de l’ONU, soit exclu des décisions clés ? Comment tolérer que des puissances anciennes, parfois minoritaires démographiquement, conservent un droit de regard absolu sur la sécurité collective ? Cette injustice structurelle mine la confiance des peuples africains dans le système multilatéral, et nourrit un sentiment croissant d’humiliation géopolitique.

Loin d’un rejet pur et simple, l’Afrique exprime un désir profond de refondation du système onusien. Le continent ne veut pas sortir du jeu : il veut simplement y être admis à égalité. Il aspire à un multilatéralisme authentique, équilibré, respectueux de la diversité des voix. Mais cette ambition se heurte à une réalité tenace : les privilèges anciens ne se cèdent pas sans lutte.

Pendant ce temps, de nouvelles dynamiques émergent. Les alliances régionales se renforcent. Les BRICS s’élargissent. Les voix africaines trouvent de plus en plus d’échos dans d’autres enceintes. L’ONU, si elle ne se réforme pas, risque de se retrouver contournée, marginalisée, voire dépassée.

Pour l’Afrique, les 80 ans de l’ONU ne sont ni un jubilé ni une célébration. C’est un rappel brutal : nous vivons toujours dans un ordre international hérité d’un monde qui n’était pas le nôtre. Mais aujourd’hui, l’Histoire change. Les peuples africains ne veulent plus seulement être représentés : ils exigent de participer pleinement à la gouvernance mondiale.

À l’heure où le multilatéralisme chancelle, il ne s’agit pas pour l’ONU de s’agripper à ses statues, mais de se réinventer. Faute de quoi, l’organisation risque de s’éteindre à petit feu, laissant les peuples chercher ailleurs les instruments d’un destin commun.

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