À Atakpamé, les chefs traditionnels en première ligne : quand la sagesse ancestrale devient bouclier contre les menaces modernes.
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Atakpamé, Togo – Face à la montée de l’extrémisme violent et à l’exacerbation des conflits liés à la transhumance, le Togo mise sur une force trop longtemps reléguée à l’arrière-plan : ses chefs traditionnels.
Ce mercredi, dans la ville aux sept collines, les garants des us et coutumes de la région des Plateaux-Est se sont réunis pour un atelier de renforcement des capacités qui marque un tournant décisif. Objectif : transformer ces figures symboliques en véritables sentinelles de la paix.
Organisée par le ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Chefferie coutumière (MATDCC), avec l’appui de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), cette rencontre n’était pas un simple séminaire. Elle ressemblait à un appel aux armes – des armes de dialogue, de médiation et de résilience communautaire.
« Le silence des chefs devient complicité face aux dangers qui rongent nos villages », a lancé sans détour le Commissaire divisionnaire Vondoly Kodjo, Directeur de la Chefferie traditionnelle.
Le message est clair : la stabilité des territoires ruraux passe désormais par un leadership coutumier éclairé et réactif. Deux menaces majeures ont cristallisé les échanges : d’un côté, l’extrémisme violent qui prospère sur les fractures sociales ; de l’autre, les tensions saisonnières entre agriculteurs et éleveurs, exacerbées par la pression foncière et le changement climatique.
« Il ne suffit plus d’arbitrer les conflits fonciers. Le chef doit devenir stratège, médiateur, éducateur, acteur de la paix », a plaidé un formateur durant l’atelier.
Le préfet de l’Ogou, Kodjo Agbeko Noël Ekpé, n’a pas mâché ses mots non plus : « La transhumance, jadis moteur de cohabitation, se mue aujourd’hui en terrain de discorde. Il faut restaurer les mécanismes traditionnels de régulation. »

Ce rendez-vous a permis de croiser les regards : chefs de canton, autorités administratives, élus locaux, partenaires techniques… tous réunis pour déconstruire les peurs, raviver le dialogue et mettre sur la table des solutions locales. Les frustrations de la jeunesse, l’incompréhension des textes sur la mobilité pastorale ou encore les ressentiments intercommunautaires ont été analysés sans détour.
Mme Deborah Ankou, de l’OIM, a souligné le potentiel immense de ces leaders locaux : « Une transhumance bien encadrée peut rapprocher les communautés au lieu de les opposer. Les chefs sont les maillons essentiels de cette dynamique. »
Même son de cloche chez le maire de la commune Ogou 4, GUEGUE Noumonvi : « Cette initiative redonne toute sa place au dialogue communautaire. C’est une approche qui valorise le vivre-ensemble à la togolaise. »
Mais plus qu’un simple atelier, c’est une prise de conscience nationale qui semble émerger : celle que le développement et la paix ne peuvent plus faire l’impasse sur les racines culturelles et les forces sociales du terroir. Dans un contexte où les frontières entre tradition et modernité deviennent floues, le chef traditionnel ne peut plus rester spectateur.
« Nous devons redevenir des acteurs, pas des statues », a martelé un chef de canton, appelant à une réforme des textes sur la transhumance.
Le Togo joue ici une carte audacieuse : faire de ses traditions une boussole pour traverser les tempêtes contemporaines. Ce pari, loin d’être nostalgique, s’inscrit dans une stratégie innovante de gouvernance de proximité, en phase avec les réalités du terrain.
Dans un monde en quête de repères, le pays affirme un message fort : la paix durable viendra aussi des collines, des forêts et des palabres sous l’arbre à palabres.
Jean-Marc Ashraf EDRON













