À Pyongyang, Kim Jong Un humilie publiquement un vice-Premier ministre et ordonne son éviction immédiate
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Pyongyang – La scène est inhabituelle, même dans l’opacité du régime nord-coréen. Lors d’une visite officielle sur un site industriel stratégique, Kim Jong Un a publiquement limogé un haut dirigeant de l’État, assortissant sa décision d’une critique d’une rare brutalité verbale. Une démonstration d’autorité qui s’inscrit dans un climat de durcissement politique à l’approche d’échéances majeures pour le régime.
Selon les médias d’État nord-coréens, relayés notamment par Al Jazeera, l’incident s’est produit lors de l’inauguration de la première phase de modernisation du complexe de machines de Ryongsong. En pleine inspection, le dirigeant suprême a décidé de relever immédiatement de ses fonctions le vice-Premier ministre Yang Sung-ho, estimant qu’il n’était pas à la hauteur des responsabilités qui lui avaient été confiées.
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L’agence officielle KCNA rapporte que Kim Jong Un a jugé le responsable « inapte à assumer de lourdes charges », pointant des défaillances graves dans la conduite des projets industriels stratégiques.
Une métaphore cinglante devant témoins
Fait particulièrement marquant, la sanction a été accompagnée d’une comparaison ouvertement humiliante. Devant les cadres présents, Kim Jong Un a illustré l’incompétence supposée de Yang Sung-ho par une image animale :
« C’était comme atteler une charrette à une chèvre », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Une charrette se tire avec un bœuf, pas avec une chèvre. »
Cette déclaration publique tranche avec les usages du régime, où les disgrâces sont généralement discrètes, voire effacées des récits officiels. Kim Jong Un a qualifié cette nomination d’« erreur accidentelle » dans le processus de sélection des cadres, laissant entendre une remise en question plus large des mécanismes internes de promotion.
Ancien ministre de l’Industrie des machines, Yang Sung-ho avait récemment été promu vice-Premier ministre et siégeait comme membre suppléant du comité directeur du Parti, selon l’agence sud-coréenne Yonhap. Aucun successeur n’a, pour l’heure, été désigné.
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Un signal fort à l’approche du Congrès du Parti
Cette éviction spectaculaire intervient à l’approche du neuvième Congrès du Parti des travailleurs, un rendez-vous politique clé pour le régime. Profitant de sa visite, Kim Jong Un a élargi ses critiques à l’ensemble des responsables économiques, qu’il accuse d’« irresponsabilité », de « passivité » et de « défaitisme ».
Le dirigeant nord-coréen estime que certains cadres freinent la modernisation technologique du pays et manquent de combativité face aux défis économiques, dans un contexte marqué par les sanctions internationales et les difficultés structurelles.
Un climat de méfiance au sommet de l’État
Cette reprise en main ne se limite pas au secteur économique. La semaine précédente, Yonhap révélait un vaste remaniement au sein de la sécurité rapprochée du chef de l’État. Les responsables de trois unités d’élite — le Bureau de la garde du parti, le Département de la garde de la Commission des affaires d’État et le Commandement des gardes du corps — ont été remplacés.
Ces changements seraient motivés par des « inquiétudes liées à des menaces d’assassinat », selon des sources sud-coréennes, illustrant le climat de suspicion qui entoure les cercles du pouvoir à Pyongyang.
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Des purges rares mais lourdes de sens
Si les purges publiques restent exceptionnelles, elles rappellent des précédents traumatiques, notamment l’exécution en 2013 de Jang Song Thaek, oncle de Kim Jong Un, accusé de trahison et de complot contre l’État.
L’éviction de Yang Sung-ho, par sa mise en scène et sa violence symbolique, apparaît ainsi comme un avertissement clair adressé à l’appareil d’État : à l’approche du Congrès, la loyauté, l’efficacité et l’obéissance absolue restent les seules garanties de survie politique en Corée du Nord.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













