À Séville, le monde repense la finance mais sans les Africains ?
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La 4ᵉ Conférence internationale sur le financement du développement s’est ouverte en Espagne avec de grandes ambitions. Mais l’Afrique y trouve-t-elle sa voix ?

Sous le soleil andalou, les drapeaux du monde flottent sur le palais des Congrès de Séville. La 4ᵉ Conférence internationale sur le financement du développement organisée par l’ONU s’est ouverte hier, rassemblant chefs d’État, ministres des finances, banquiers internationaux, et experts du développement durable. L’objectif : repenser un cadre mondial pour une économie plus équitable, durable, et résistante aux crises.
Dans les couloirs, les mots résonnent : restructuration de la dette, justice fiscale, transparence, inclusion. Sur le papier, tout semble enfin aligné avec les attentes anciennes du Sud global, Afrique en tête. Mais dans les faits ?
Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a ouvert les travaux en appelant à un « contrat mondial de solidarité économique » pour financer les Objectifs de développement durable. L’enjeu est immense : 4 200 milliards de dollars seraient nécessaires chaque année jusqu’en 2030, selon la CNUCED, pour combler le fossé entre promesses et réalisations.
Une avancée notable : l’ébauche d’un nouveau mécanisme multilatéral de traitement des dettes souveraines, plus rapide et plus juste, destiné à remplacer les négociations longues et déséquilibrées du Club de Paris. Un cadre global d’imposition des multinationales a également été discuté, avec l’idée d’une taxation minimale des bénéfices, y compris dans les pays où les activités ont lieu.
Pourtant, dans les rangs, les voix africaines sont rares. Certains chefs d’État, comme le Kényan William Ruto ou la Tanzanienne Samia Suluhu Hassan, ont décliné l’invitation, dénonçant un agenda trop fermé et des discussions qui restent dominées par les pays industrialisés.
Sur place, les délégations africaines souvent réduites à quelques représentants techniques peinent à se faire entendre face aux mastodontes de la finance internationale. La présidente de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a regretté en marge de la conférence que « l’Afrique reste l’enfant pauvre des débats, même lorsqu’il s’agit de son avenir ».
Derrière les promesses de « développement durable », le continent se heurte à un mur : celui d’un système financier mondial toujours modelé par les intérêts des grandes puissances. Les flux financiers illicites qui saignent les économies africaines, les taux d’intérêt prohibitifs imposés aux États, ou encore l’accès inégal aux financements climatiques restent des pierres d’achoppement.
Alors que l’Afrique ne génère que 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, elle reçoit à peine 12 % des financements internationaux pour l’adaptation climatique. Et que dire de la dette ? Certains pays consacrent plus à rembourser les créanciers qu’à financer l’éducation ou la santé.
Cette conférence devait être l’occasion de repenser la gouvernance économique mondiale. Pour le moment, elle semble surtout illustrer une fois de plus le fossé entre intentions déclarées et réalités politiques. L’Afrique n’a pas besoin de discours de compassion. Elle a besoin de leviers concrets pour investir dans sa souveraineté économique, son industrialisation, sa jeunesse.
Le professeur sénégalais Ndongo Samba Sylla, économiste hétérodoxe, résume avec lucidité : « Tant que les règles du jeu mondial sont écrites par ceux qui en tirent profit, aucune réforme ne changera la donne pour l’Afrique. Il faut se lever de la table si on n’est pas invité à écrire le menu. »
Ce qui se joue à Séville ne doit pas rester lointain. Car derrière les chiffres, ce sont les choix de demain pour nos écoles, nos hôpitaux, nos routes et nos monnaies qui se dessinent. Il est temps que l’Afrique exige non seulement une place dans la salle, mais un droit de parole, de vote, et d’impact. Sans cela, le « nouveau cadre mondial » ne sera qu’un recyclage du vieux monde.













