Adji Diané, la Sénégalaise qui a transformé Bissau en terroir de partage

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Adji Diané, la Sénégalaise qui a transformé Bissau en terroir de partage

Au cœur de Bissau, dans le quartier animé de Pilùm, flotte chaque midi une senteur qui attire autant les nostalgiques du pays que les curieux de la cuisine ouest-africaine. Cette odeur caractéristique sort d’une petite bâtisse devenue, au fil des ans, un lieu de rencontre, de réconfort et de gastronomie : le restaurant « Sopé Serigne Fallou ». Derrière cette adresse devenue incontournable, une femme : Adji Diané, 55 ans, originaire de Diourbel, dont le parcours force le respect.

Une exilée devenue matriarche culinaire

Installée en Guinée-Bissau depuis 1994, Adji Diané est arrivée dans la capitale bissau-guinéenne sans repères, sans réseau, mais avec un talent certain : celui de cuisiner « avec le cœur ». Elle s’y était rendue pour accompagner son mari, loin d’imaginer que cette terre lui offrirait à la fois des épreuves douloureuses et une réussite construite à la sueur du front.

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Les débuts furent difficiles. Pour s’en sortir, elle vendait des sandwichs au marché de Bandím et préparait des plats pour des compatriotes se cotisant à 550 francs Cfa. Petit à petit, son nom circule. On apprécie son « thiep », ses sauces mijotées, sa justesse dans l’assaisonnement. Sa cuisine rappelle le pays, réchauffe les âmes et rassemble les communautés.

C’est alors qu’elle donne vie à son rêve : ouvrir son propre restaurant. Elle le baptise « Sopé Serigne Fallou », en hommage à son guide spirituel, affirmation d’une foi qui l’a toujours portée.

Une institution au cœur de Pilùm

Aujourd’hui, impossible pour Adji de traverser Bissau sans être interpellée. « Je suis connue de tous et les gens m’aiment bien », confie-t-elle avec modestie. Son restaurant est devenu un véritable repère, fréquenté aussi bien par les Sénégalais que par les Bissau-Guinéens, les Nigérians, les Guinéens, les Indiens et tant d’autres.

Douze employées, toutes bissau-guinéennes, s’activent à ses côtés. Sa fille aussi. Ensemble, elles donnent vie à un espace où se mêlent créole, wolof, portugais, parfums d’épices et rires partagés.

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Pour Ibrahima Badjigui Yaffa, président de la communauté sénégalaise à Bissau, Adji représente « une femme très brave, courageuse et respectée ». Son restaurant symbolise l’harmonie entre les communautés et la force des femmes qui refusent de baisser les bras.

Une réussite bâtie sur les larmes

Mais derrière les marmites et les éclats de voix qui animent le restaurant, se cache une douleur immense. « J’ai perdu deux de mes premiers enfants ici. Ils sont tous inhumés à Bissau », confie-t-elle, la voix soudain voilée. Cette terre lui a pris ce qu’une mère a de plus précieux. Pourtant, elle a continué à avancer, à travailler, à nourrir les autres comme pour se rappeler qu’il faut vivre malgré tout.

Aujourd’hui encore, elle fait face à d’autres défis : l’envolée des prix. Le kilo de poisson, autrefois abordable, se vend désormais 2 500 ou 3 000 francs Cfa. Mais elle s’adapte. Elle propose une multitude de plats : thiep bou dieune, caldou branco, mborokhé, mbaxal saloum, thiep niébé, et le soir, vermicelles au poulet, soupe yeel, ndambé, ngalakh, thiakry, autant de mets qui créent un pont culinaire entre le Sénégal et la Guinée-Bissau.

Le désir profond d’un retour

Après trente ans d’exil volontaire, le cœur d’Adji aspire désormais à autre chose : revenir au Sénégal. « J’ai duré en Guinée-Bissau. Je veux rentrer au pays », dit-elle avec douceur. Elle souhaite un climat apaisé pour pouvoir partir sereinement, retrouver la terre de Bamba, revoir les siens et transmettre à ses petits-enfants l’histoire de son long voyage.

Aujourd’hui encore, entre deux marmites fumantes, elle incarne le courage discret de ces femmes qui portent leur communauté sans bruit. Une force tranquille. Une lumière dans Pilùm.

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Adji Diané n’a jamais cessé de servir. Pas seulement des repas, mais de la chaleur humaine, de la dignité et de la résilience. Et lorsque viendra le moment du retour, elle emportera avec elle trois décennies d’une aventure bissau-guinéenne qui, pour beaucoup, restera inoubliable.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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