Afrique du Sud – États-Unis : un ambassadeur américain rappelé à l’ordre après une critique frontale de la justice sud-africaine
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Les tensions diplomatiques entre l’Afrique du Sud et les États‑Unis ont franchi un nouveau palier après la convocation officielle de l’ambassadeur américain à Pretoria. En cause : des déclarations publiques du diplomate contestant ouvertement une décision de la justice sud-africaine, jugées « non diplomatiques » par le gouvernement.
Le ministre sud-africain des Affaires étrangères, Ronald Lamola, a annoncé mercredi la convocation de l’ambassadeur américain Leo Brent Bozell III. Celui-ci n’occupe ce poste que depuis la fin du mois de février, mais sa première sortie publique a déjà déclenché une controverse politique et diplomatique.
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Une déclaration qui contredit la justice sud-africaine
Lors d’une rencontre avec des chefs d’entreprise, le diplomate américain s’est exprimé sur un chant hérité de l’époque de l’apartheid : « Tuez le Boer, tuez le fermier ».
Or, la justice sud-africaine a estimé que ce slogan devait être replacé dans le contexte historique de la lutte contre l’apartheid et qu’il ne constituait pas juridiquement un discours de haine.
L’ambassadeur américain a toutefois rejeté cette interprétation avec une formule qui a suscité l’indignation à Pretoria :
« Je suis désolé, je me fiche de ce que disent vos tribunaux. C’est un discours de haine. »
Face au tollé provoqué par ces propos, Leo Brent Bozell III a tenté d’apaiser la polémique en affirmant sur le réseau social X qu’il s’agissait d’une opinion personnelle, tout en assurant que le gouvernement américain respectait l’indépendance du système judiciaire sud-africain.
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Pretoria rejette l’accusation de « racisme inversé »
Au-delà du chant controversé, l’ambassadeur a également critiqué les politiques sud-africaines de correction des inégalités héritées de l’apartheid, estimant qu’elles s’apparentaient à une forme de discrimination envers les Blancs.
Une comparaison immédiatement rejetée par Ronald Lamola, qui a rappelé que les politiques d’autonomisation économique des populations noires répondent à une exigence constitutionnelle visant à corriger les injustices historiques.
Selon lui, ces programmes ne peuvent être assimilés à un « racisme inversé », mais constituent au contraire un mécanisme de réparation destiné à réduire les profondes inégalités socio-économiques laissées par le régime d’apartheid.
Un climat diplomatique déjà très tendu
Cet incident s’inscrit dans un contexte de relations de plus en plus tendues entre les gouvernements du président sud-africain Cyril Ramaphosa et de l’ancien président américain Donald Trump.
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Depuis plusieurs mois, Washington accuse Pretoria de ne pas protéger suffisamment les fermiers afrikaners blancs. Les autorités sud-africaines contestent fermement ces accusations, affirmant que les statistiques criminelles montrent que les populations noires sont proportionnellement plus touchées par la violence.
Dans ce climat de méfiance, les États-Unis ont également imposé des droits de douane de 30 % sur certains produits sud-africains — une mesure finalement invalidée par la justice américaine — et ont accordé le statut de réfugié à plusieurs Afrikaners.
Un diplomate controversé
Figure influente du conservatisme américain, Leo Brent Bozell III est le fondateur du Media Research Center et un allié politique de longue date de Donald Trump.
Dans les années 1990, son organisation avait accusé les médias américains d’éviter de qualifier Nelson Mandela de « terroriste » en raison de ses liens passés avec l’Union soviétique. Lors de son audition de confirmation au Sénat en octobre dernier, il avait toutefois déclaré éprouver désormais « le plus grand respect » pour l’ancien président sud-africain.
Sa nomination a également été entourée de polémique : son fils figure parmi les participants à l’attaque du Capitole du 6 janvier 2021 ayant bénéficié d’une grâce présidentielle.
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Une série d’incidents diplomatiques
La convocation de l’ambassadeur américain à Pretoria n’est pas un cas isolé. Ces derniers mois, plusieurs diplomates américains ont été rappelés à l’ordre par des gouvernements européens.
En février, la France a convoqué l’ambassadeur américain Charles Kushner après des commentaires controversés sur la mort d’un militant d’extrême droite. La même période a vu la Belgique convoquer son ambassadeur Bill White, accusé d’avoir dénoncé un prétendu antisémitisme dans une enquête sur les circoncisions rituelles.
Autant d’incidents qui témoignent d’un climat diplomatique particulièrement tendu entre Washington et plusieurs capitales étrangères.
Par imam chroniqueur
Babacar Diop













