Alla Café, l’arôme d’un destin forgé à la main

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Alla Café, l’arôme d’un destin forgé à la main

Dans les artères de Thiès, il y a des matins où l’air sent le clou de girofle, le poivre et le courage. Ce parfum-là, c’est celui du café Touba d’Alla Ndour, alias Alla Café. Un homme au thermos, devenu entrepreneur. Un vendeur de rue, devenu employeur. Un croyant discret, devenu modèle pour la jeunesse.

Une charrette, du bois… et une foi tenace

Avant d’être caféier, Alla était vendeur de bois. Avec une charrette grinçante, il sillonnait les rues poussiéreuses de Thiès, vendant le matte — ce combustible populaire des foyers modestes.

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Ce n’était pas un métier choisi, mais un point de départ. Et comme le souligne le sociologue Abdoulaye K. Samb :

« Ce que beaucoup appellent ‘petit métier’ est souvent l’embryon de grandes aventures économiques. »
(Travail invisible et dignité sociale, ENDA Éditions, p. 71)

Le pari du thermos et du sourire

Avec 4000 francs CFA, Alla achète du café Touba, du sucre, un thermos, quelques gobelets… et une idée : se rapprocher des gens, un gobelet à la fois. Il installe son petit comptoir mobile autour des marchés, gares et du stade Lat Dior.

Il ne vendait pas seulement du café : il offrait une présence, un rituel, un bonjour. Ce que l’anthropologue Issa Ndiaye appelle :

« Une économie relationnelle, où la transaction matérielle s’accompagne d’un échange humain. »
(Penser l’Afrique par le quotidien, UGB Press, p. 134)

Du thermos au torréfacteur : la montée en gamme

Avec patience, Alla transforme sa démarche en micro-entreprise artisanale. Il produit aujourd’hui non seulement du café Touba, mais aussi du wass (infusion de plantes), du lait chaud et du chocolat chaud. Son atelier comprend une machine de torréfaction, un broyeur, des sachets personnalisés, et un système de livraison matinal.

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Il emploie six jeunes, formés par lui. Certains ont volé de leurs propres ailes. C’est une réussite qui se multiplie.

Une économie sans banque mais avec les gens

Pas de subvention, pas de prêt bancaire. Tout s’est construit par épargne, bouche-à-oreille, et confiance. Le modèle d’Alla, c’est l’économie communautaire, résiliente et ancrée dans le terrain.

La consultante Fatoumata Diagne résume :

« Ces micro-entrepreneurs sont les amortisseurs silencieux des crises sociales. Leur impact est local, mais fondamental. »
(Les écosystèmes informels en Afrique de l’Ouest, Fondation FASEG, p. 93)

Le souffle du mouridisme

Alla ne sépare jamais travail et spiritualité. Sa force, il la tire de la pensée de Cheikh Ahmadou Bamba, pour qui le travail, s’il est sincère, est un acte d’adoration. Il cite souvent ce passage du Diwân :

« Que ton travail soit lumière, et non simple effort. Que ton intention le purifie, et que ta patience le prolonge. »

Dans son atelier, on entend parfois un khassaïde récité entre deux bouilloires. Le café devient alors offrande.

👣 Un modèle de proximité pour les jeunes

Dans une ville où le chômage est endémique, où beaucoup rêvent d’Europe ou d’un emploi dans la fonction publique, Alla propose une autre voie : l’entrepreneuriat enraciné, modeste mais fécond. Il accueille souvent des jeunes qui viennent s’inspirer de son parcours.

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Il ne leur parle pas de rêve, mais de discipline, de foi, d’endurance.

Conclusion : un café, une vision

Alla Café, ce n’est pas juste une tasse fumante. C’est une philosophie de vie. Une preuve que l’on peut démarrer sans fortune, sans diplôme, sans relation, mais avec foi, persévérance et éthique. Dans chaque gorgée de son café Touba, il y a un goût discret mais puissant : celui de la dignité retrouvée.

Imam chroniqueur Babacar Diop

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