Alzheimer au Sénégal : un défi silencieux qui interpelle familles et autorités

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Alzheimer au Sénégal : un défi silencieux qui interpelle familles et autorités

La maladie d’Alzheimer, souvent surnommée « la maladie de l’oubli », reste encore méconnue au Sénégal, mais ses effets commencent déjà à peser sur les familles. À l’occasion de la Journée mondiale de l’Alzheimer, célébrée chaque 21 septembre, l’Association Tous unis contre l’Alzheimer (ATUCA), dirigée par Fatou Ndiaye, a rappelé l’urgence d’une véritable politique publique pour faire face à ce défi grandissant.

Une pathologie encore banalisée

Découverte en 1906 par le médecin allemand Alois Alzheimer, cette affection neurodégénérative touche principalement les personnes âgées de plus de 60 ans, mais peut apparaître dès 40 ans dans le cas de démences précoces. Au Sénégal, la maladie reste encore souvent réduite à de simples « oublis dus à la vieillesse ».

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« La méconnaissance entraîne la stigmatisation. Or, il est crucial de comprendre que la démence n’est pas un vieillissement normal, mais une pathologie à part entière », souligne le professeur Bruno Dubois, directeur scientifique de l’Institut de la mémoire et de la maladie d’Alzheimer à Paris (in La mémoire et ses troubles, Odile Jacob, 2010, p. 45).

Fatou Ndiaye abonde dans ce sens : « Souvent, les enfants en font des blagues, pensant que c’est normal d’oublier. Mais non, c’est une vraie maladie. »

L’évolution démographique et familiale au Sénégal

Avec l’augmentation progressive de l’espérance de vie, le pays ne pourra pas rester à l’écart de cette problématique. « D’ici 15 à 20 ans, le pourcentage de personnes âgées va fortement augmenter. Il faut s’y préparer dès maintenant », prévient la présidente de l’ATUCA.

Cette inquiétude est partagée par le sociologue sénégalais Abdou Salam Fall, qui observe une transformation profonde des structures familiales : « Le passage du modèle de la grande famille à la cellule nucléaire fragilise la solidarité intergénérationnelle, particulièrement en milieu urbain » (Familles sénégalaises et transformations sociales, Karthala, 2013, p. 128).

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Cette mutation rend les personnes âgées plus vulnérables, notamment celles atteintes de pathologies chroniques comme Alzheimer.

Quinze ans d’engagement associatif

Depuis sa création en 2009, l’ATUCA multiplie les initiatives : sensibilisation dans les médias, formations destinées aux jeunes, accompagnement des familles en détresse. L’an dernier, l’association a organisé une campagne à Keur Massar, où des jeunes ont été formés pour devenir des relais dans leurs communautés.

Mais l’absence d’études épidémiologiques nationales freine la mise en place de réponses adaptées. « Tant qu’il n’y aura pas de chiffres précis, il sera impossible de construire une stratégie nationale crédible », regrette Fatou Ndiaye.

Le neurologue sénégalais Dr Pape Samba Ba, spécialiste en gériatrie, abonde : « Les troubles neurocognitifs restent sous-diagnostiqués au Sénégal, faute de statistiques fiables et d’une politique coordonnée » (Vieillissement et santé en Afrique de l’Ouest, Presses Universitaires de Dakar, 2018, p. 92).

La souffrance invisible des aidants

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Dans un pays dépourvu de maisons de retraite ou de centres spécialisés, la prise en charge repose presque exclusivement sur les proches. « Quand un individu a un malade atteint d’Alzheimer dans sa famille, il n’a plus de vie. C’est très difficile », témoigne Fatou Ndiaye.

Cette situation reflète ce que la psychiatre française Marie-Odile Desana appelle « la double peine des aidants » : « Ils assistent au déclin progressif de l’être aimé, tout en sacrifiant leur équilibre personnel, social et professionnel » (Vivre avec Alzheimer : l’épreuve des aidants, Dunod, 2015, p. 73).

Un enjeu collectif de santé publique

Face à ces défis, l’ATUCA plaide pour un accompagnement global : aide psychologique, soutien matériel et reconnaissance du rôle des aidants. « L’État devrait voir comment venir en aide aux familles, car sans soutien, elles ne pourront pas porter seules ce fardeau », insiste sa présidente.

Comme le rappelle le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne : « Une société se juge à la manière dont elle traite ses aînés, car c’est là que se mesure le respect de la mémoire collective » (L’encre des savants, Albin Michel, 2013, p. 212).

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En attendant une politique nationale ambitieuse, l’ATUCA poursuit son travail de terrain : sensibiliser, former et accompagner. Chaque 21 septembre, elle se joint à la mobilisation mondiale pour rappeler que l’Alzheimer n’est pas une fatalité individuelle, mais un enjeu de solidarité nationale et internationale.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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