Analyse critique des fonds politiques au Sénégal : entre transparence et nécessité de réforme

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Analyse critique des fonds politiques au Sénégal : entre transparence et nécessité de réforme

Les fonds politiques au Sénégal, souvent décrits comme des ressources discrétionnaires mises à la disposition du Président de la République, suscitent depuis plusieurs années des débats sur leur légitimité et leur encadrement juridique. Dans un contexte de morosité économique, cette pratique est perçue par certains comme un instrument de clientélisme politique, alors que d’autres la considèrent comme un outil de gestion de situations exceptionnelles. Le Premier ministre Ousmane Sonko, lors de sa déclaration devant l’Assemblée nationale le 21 février 2025, a proposé une distinction entre « fonds politiques » et « fonds secrets » afin de renforcer la transparence et le contrôle de ces ressources.

I. Les fonds politiques : une opacité controversée

Selon l’article 29 de la loi organique n°2011-15 du 08 juillet 2011 relative aux lois de finances, les fonds politiques sont inscrits dans le budget de la Présidence de la République sans obligation de rendre compte de leur utilisation. Cette absence de contrôle suscite des interrogations quant à la conformité de ces pratiques avec les principes de transparence et de bonne gouvernance.

Dans ce contexte, Ibn Taymiyya affirme : « Quand ceux qui détiennent l’autorité sont responsables devant la communauté, la justice prévaut et la corruption s’atténue. » (Majmou’ al-Fatawa, vol. 28, p. 146). Cette citation illustre l’importance d’un contrôle rigoureux des décideurs afin d’éviter les dérives.

En écho, Ibn Qayyim al-Jawziyya déclare : « L’injustice ruine les nations, même si elles sont croyantes, et la justice sauve les nations, même si elles sont mécréantes. » (Al-Turuq al-Hukmiyya, p. 371), rappelant ainsi que l’équité est la pierre angulaire d’une société prospère.

Cheikh Muhammad ibn Salih al-Uthaymin renforce cette idée en affirmant : « Tout responsable est un berger et il rendra compte de son troupeau. » (Charh Riyad al-Salihin, vol. 2, p. 485). Ainsi, la responsabilité publique est un devoir religieux et éthique.

II. La proposition de réforme : vers une responsabilisation accrue

Le Premier ministre Ousmane Sonko préconise la suppression des fonds politiques et leur remplacement par des fonds secrets encadrés par une commission multipartite et pluridisciplinaire. Cette commission comprendrait deux députés issus de la majorité et de l’opposition, deux magistrats de la Cour des comptes et un Président, tous assermentés. Cette réforme vise à instaurer un contrôle a posteriori tout en préservant la confidentialité des affaires stratégiques (armement, renseignement, etc.).

Cette perspective rejoint la sagesse de Cheikh Ahmadou Bamba qui affirme : « Agis toujours dans l’intérêt de la communauté, car l’intérêt personnel est éphémère, mais celui du peuple est durable. » (Masalik al-Jinan, p. 412).

Cheikh al-Islam Ibn Hajar al-Asqalani déclare également : « Celui qui cache l’injustice ou la favorise sera jugé aux côtés des injustes au Jour du Jugement. » (Fath al-Bari, vol. 5, p. 98).

III. Les fondements légaux et éthiques : vers une meilleure gouvernance

L’article 25-1 de la Constitution du Sénégal prévoit que : « Tout citoyen a le droit d’accéder aux informations d’intérêt public. » Cette disposition résonne avec le principe islamique de reddition des comptes (« muḥāsabah »), consacré par Ibn Hajar al-Asqalani : « Celui qui gouverne les hommes doit rendre compte de chaque acte accompli. » (Fath al-Bari, vol. 13, p. 231).

Cheikh Ibrahim Niass rappelait : « La vérité est le pilier de toute gouvernance juste. Si elle disparaît, l’injustice prend sa place. » (Kitab al-Tafsir, p. 215).

Le Coran déclare explicitement : « Et ne dévorez pas mutuellement vos biens à tort, et ne les offrez pas aux juges dans le but de dévorer une partie des biens des gens injustement, alors que vous savez. » (Sourate Al-Baqara, 2:188).

Ibn al-Qayyim affirme : « La justice est la base sur laquelle le monde repose, et lorsqu’elle disparaît, le chaos s’installe. » (Madarij as-Salikin, vol. 1, p. 16).

Conclusion

Les fonds politiques, dans leur forme actuelle, apparaissent incompatibles avec les exigences modernes de transparence et d’éthique publique. La proposition de réforme d’Ousmane Sonko, en instituant un mécanisme de contrôle des fonds secrets, pourrait concilier la nécessité de la discrétion d’État avec l’impératif de responsabilisation.

Comme l’enseigne le Coran : « Certes, Allah vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants droit, et de juger avec équité entre les gens. » (Sourate An-Nisa, 4:58). Ce principe universel doit inspirer les réformes futures afin de restaurer la confiance citoyenne et d’assurer une gouvernance plus juste et transparente.

Cheikh Oumar Foutiyou Tall disait : « L’injustice est un poison pour toute société. Rends justice, et tu verras la prospérité. » (Khutbat al-Jihad, p. 219)
Imam chroniqueur (Babacar DIOP)

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