Arfang Bessire Sonko, bâtisseur du Blouf et visionnaire casamançais
Votre Pub ici !

Figure discrète mais déterminante de l’histoire de la Casamance, Arfang Bessire Sonko (1860-1955) a marqué son époque par son engagement pour l’éducation, les infrastructures et la cohésion sociale. Longtemps méconnu, son héritage continue de structurer la vie des populations du Blouf, près de soixante-dix ans après sa disparition.
Un chef enraciné dans son terroir
Né vers 1860 à Bessire, dans l’actuelle commune de Kartiack (Bignona), Arfang Bessire Sonko appartient à une lignée de pouvoir et d’influence : fils de Abounga Sonko et de Guigène Coly, petite-fille du roi Kéfing de Dianki. Très tôt, son attachement à sa terre natale lui vaut le surnom de « Bessire », qui l’accompagnera toute sa vie.
En 1905, il devient chef du village de Bessire. Vingt ans plus tard, en 1925, il est promu chef de canton du Djigoutte-Nord, avant d’accéder, en 1938, au rang de chef supérieur de province, à la tête du Blouf (actuel arrondissement de Tendouck).
Un bâtisseur respecté par l’administration coloniale
À lire aussi : Doudou Ndiaye Rose : Le maître du rythme devenu mémoire du Sénégal
Arfang Bessire Sonko s’impose comme un homme de rigueur et d’organisation. Les autorités coloniales, qui voient en lui un partenaire fiable, le décorent de plusieurs distinctions : Chevalier de la Légion d’honneur française, mais aussi du Nicham Iftikar, du Nicham Elanoir, de l’Étoile d’Anjouan et de l’Étoile du Bénin.
Sur le terrain, il se distingue par des réalisations concrètes : routes reliant Kartiack, Bignona, Marsassoum, Sindian et Ziguinchor, aménagement d’un quai à Bessire pour l’exportation du riz, sans oublier la mise en place de puits et de seccos pour soutenir l’agriculture.
L’éducation comme priorité
Mais sa contribution la plus marquante reste l’école. En 1927, plutôt que d’accepter une récompense financière des colons, il exige la création d’une école à Bessire. L’établissement ouvre en 1930 et accueille des générations d’élèves de toute la zone. « Il a préféré l’école à l’argent. C’était un visionnaire », témoigne Oumar Bodian, habitant de Bessire.
L’école formera plusieurs cadres du pays, dont Youba Sambou, ancien ministre des Forces armées.
Un médiateur social et un homme de paix
À une époque marquée par des tensions intercommunautaires, Arfang Bessire Sonko favorise le dialogue et encourage les mariages mixtes entre ethnies. Il organise aussi des rencontres de lutte traditionnelle, véritables moments de cohésion sociale.
À lire aussi : PDCI-RDA : Le lancement du projet de parrainage des bureaux de vote prévu le 6 septembre prochain
Il s’illustre également par une politique hydraulique locale avant l’heure et par son soutien à l’agriculture vivrière et de rente.
Une reconnaissance tardive
Décédé le 28 février 1955 à Ziguinchor, il est inhumé discrètement dans sa maison familiale, selon ses dernières volontés. Ce n’est qu’après sa disparition que les populations du Blouf prennent pleinement conscience de l’ampleur de son œuvre.
« Il a bâti une province entière, sans rien demander en retour. C’est après sa mort que l’on a compris sa grandeur », confie encore Oumar Bodian.
Aujourd’hui, routes, écoles et infrastructures rappellent l’héritage de cet homme qui, loin des projecteurs, a façonné le destin de la Casamance.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













