Arrestation d’Amron : Quand la répression devient un rituel d’État

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Arrestation d’Amron : Quand la répression devient un rituel d’État

Par Farida Bemba Nabourema
Citoyenne africaine désabusée

J’ai appris, sans aucune surprise, l’arrestation du rappeur togolais Amron. Depuis des mois, il prêtait sa voix à la vérité, dénonçait avec courage l’injustice, et tenait tête, par ses mots puissants, à un régime qui n’a que trop duré. Son interpellation ne m’a pas étonnée. Elle s’inscrit dans la continuité logique d’une dictature vieillissante, où toute voix dissidente est systématiquement réduite au silence.

Au Togo, on n’a pas besoin d’enfreindre la loi pour finir derrière les barreaux. Il suffit d’oser. Oser dire tout haut ce que tant de nos concitoyens murmurent tout bas. Oser s’indigner, oser appeler les choses par leur nom, oser désigner Faure Gnassingbé non comme un président, mais comme l’héritier d’un pouvoir dynastique fondé sur la violence, le mensonge et le pillage.

Ce que le régime sanctionne, ce n’est pas seulement le contenu du discours. C’est son intensité. Son audace. Son refus de se conformer à cette tradition du silence imposé dès l’enfance. Depuis l’école primaire, on nous apprend à obéir, à ne pas contester. La peur devient une seconde peau. Elle nous suit à la maison, dans la rue, dans les lieux publics. Elle nous empêche de rêver, de protester, de vivre pleinement.

Ceux qui osent briser ce mur de peur deviennent des cibles. Le message est clair : quiconque élève la voix en dehors du cadre toléré devient un « ennemi ». Une personne à faire taire. C’est ce qui est arrivé à Amron. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Des anonymes, des journalistes, des étudiants, des leaders d’opinion : tous victimes d’un système qui craint la lumière que la vérité projette sur ses ténèbres.

Depuis des années, je dénonce ce régime. Je l’ai fait dès 2008, alors que nous n’étions que quelques voix dissidentes sur les réseaux sociaux. Et comme tant d’autres, j’ai dû partir, choisir l’exil plutôt que la prison. Car il n’existe que deux sorts pour ceux qui osent : l’emprisonnement ou la fuite.

Mais aujourd’hui, je veux aller au-delà de la simple dénonciation. Oui, nous devons réclamer la libération d’Amron. Oui, nous devons dénoncer l’injustice de son arrestation. Mais non, cela ne suffit pas. Le piège serait de réduire notre lutte à des campagnes isolées pour libérer untel ou unetelle, pendant que le régime continue de broyer des vies dans l’indifférence générale.

Nous devons viser plus haut. Réclamer la libération du peuple tout entier. De ceux qui sont en prison, comme de ceux qui, libres en apparence, vivent dans la peur, dans l’humiliation, dans l’indignité.

La véritable victoire ne viendra que lorsque des milliers de Togolais deviendront des Amron. Lorsque nous parlerons tous, lorsque nous dénoncerons tous. Lorsque la peur changera de camp.

Faure Gnassingbé n’a pas assez de prisons pour enfermer 100 000 citoyens. Imaginez : 100 000 voix qui crient ensemble « Faure doit partir ! », « Assez de 60 ans de dictature ! », « Assez de la misère et des persécutions ! ». Nous nous sommes mobilisés massivement pour des causes futiles. Il est temps de nous lever pour notre propre dignité.

Notre silence est leur force. Notre parole est notre seule arme. Brandissons-la.

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