Atakpamé : Inades-Formation Togo mise sur les femmes rurales pour redessiner la gouvernance foncière
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Atakpamé, 2 septembre 2025 – Longtemps considérées comme simples utilisatrices de la terre, les femmes rurales du Togo s’affirment désormais comme de véritables actrices de la gouvernance foncière. Un mouvement discret mais puissant, qui remet en question des siècles de pratiques coutumières excluantes et ouvre la voie à une gestion plus inclusive des ressources.
Au cœur de cette dynamique, un outil inattendu : un livret simplifié du Code foncier et domanial (loi N°2018-005 du 14 juin 2018), présenté lors d’un atelier organisé à Atakpamé par Inades-Formation Togo avec l’appui d’Inter Pares, dans le cadre du projet EGALE-AO (Égalité de Genre par l’Agroécologie menée par les Femmes en Afrique de l’Ouest).
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Un outil qui change les rapports de force
Ce document, clair et accessible, rend enfin la loi intelligible pour les communautés rurales. Pour les femmes, il est bien plus qu’un guide juridique : il devient un instrument de légitimation, un moyen de défendre des droits trop souvent niés dans les arènes coutumières.
« Avec ce livret, nous avons désormais les mots pour revendiquer ce qui nous revient de droit », a confié Mme Abayili, membre d’une organisation paysanne féminine.
Traditions et modernité en dialogue
Du côté des leaders communautaires, l’initiative suscite une prise de conscience.
« Nos coutumes valorisent la terre, mais il est temps d’accorder aux femmes leur juste place », a reconnu Kossi Pascal Labih, chef du village d’Edoko (Amou). Une déclaration qui illustre l’émergence d’un nouvel équilibre entre héritage culturel et exigence de justice sociale.
De l’individuel au collectif
L’atelier d’Atakpamé n’a pas seulement introduit un livret. Il a aussi présenté des outils de documentation des conflits fonciers. En recensant les litiges, souvent liés à des injustices faites aux femmes, ces instruments permettent d’objectiver les problèmes, d’identifier les victimes et de construire des solutions durables.
Pour Mme Kao Albella, représentant le directeur préfectoral de l’Action sociale, il s’agit d’« une avancée majeure qui donnera aux acteurs locaux des informations fiables pour prévenir les litiges et renforcer la cohésion sociale ».
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Vers une société plus équitable
Pour Inades-Formation Togo, cette démarche n’est pas un simple appui aux femmes, mais une condition du développement local.
« Quand une femme a accès à la terre, c’est toute une communauté qui en bénéficie », rappelle un responsable de l’organisation. Une conviction partagée par le maire de la commune Amou 3, ESSIOMLE Yao Obibiaboè : « Sécuriser la terre pour les femmes, c’est poser les bases d’une société équitable et durable. »
Un enjeu continental
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en Afrique, les femmes représentent plus de 60 % de la main-d’œuvre agricole, mais détiennent moins de 15 % des titres fonciers formels. Combler ce fossé n’est plus seulement une question d’équité, mais de survie économique et alimentaire pour des millions de familles rurales.
En donnant aux femmes rurales la connaissance de leurs droits et les moyens de les faire respecter, le projet EGALE-AO trace la voie d’une gouvernance foncière où elles ne sont plus spectatrices, mais piliers du changement social.
Jean-Marc Ashraf EDRON













