Avortement médicalisé : plaidoyer pour le respect des droits reproductifs au Sénégal
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La mobilisation pour la légalisation de l’avortement médicalisé au Sénégal connaît un regain d’intensité. Réuni lors d’un déjeuner de presse organisé hier à Dakar, le Comité de plaidoyer pour la santé de la reproduction des femmes et des filles – communément appelé « Task Force » – a appelé les autorités sénégalaises à se conformer aux engagements du Protocole de Maputo, ratifié par le Sénégal depuis 2004.
Ce texte juridique africain garantit notamment aux femmes le droit de recourir à un avortement médicalisé en cas de viol, d’inceste, ou lorsque la grossesse met en péril la santé physique ou mentale de la mère.
Une législation pour prévenir les drames
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Selon les membres de la Task Force, l’absence d’un cadre légal adéquat contribue à des dérives dramatiques comme les avortements clandestins ou l’infanticide, souvent causés par des pressions socioculturelles pesant sur les femmes enceintes hors mariage.
« Une femme violée ou victime d’inceste se retrouve confrontée à une double peine : la grossesse non désirée et la stigmatisation sociale », déplore Aïssatou Ndiaye, coordonnatrice de la Task Force.
Un phénomène massif et silencieux
L’ampleur du phénomène est inquiétante. Amy Sakho, directrice de l’ONG PP Global, a cité des chiffres officiels émanant de la Direction de la santé de la mère et de l’enfant, qui font état de 34.079 avortements clandestins recensés en 2020 à travers le pays.
Plus récemment, une étude menée en 2022 par son organisation sur les femmes incarcérées au Sénégal a révélé que 54 d’entre elles étaient poursuivies pour infanticide et 5 pour avortement illégal, sur un total de 344 détenues.
« Ces chiffres révèlent une situation alarmante qui exige une réponse législative et humanitaire urgente », affirme Mme Sakho.
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Entre urgence sanitaire et droits humains
La Task Force travaille actuellement sur une proposition de loi visant à légaliser l’avortement médicalisé dans les cas prévus par le Protocole de Maputo.
Elle espère ainsi briser le mur de silence et de tabous autour de la question, et offrir une alternative sécurisée et encadrée aux femmes confrontées à des grossesses résultant de violences sexuelles.
« Le droit à la santé reproductive, c’est aussi le droit de vivre dans la dignité, sans honte ni peur », a conclu Aïssatou Ndiaye, qui exhorte les parlementaires et les leaders religieux à engager un dialogue franc et apaisé sur cette question encore sensible.
imam chroniqueur Babacar Diop
babacar19diop76@gmail.com













