Battling Siki, le champion noir que l’Europe voulait effacer

Votre Pub ici !

Partager cet article
Battling Siki, le champion noir que l’Europe voulait effacer

Longtemps relégué aux marges de l’histoire sportive mondiale, Ahmadou Mbarrick Fall, plus connu sous le nom de Battling Siki, demeure l’une des figures les plus injustement oubliées du XXᵉ siècle. Né à Saint-Louis du Sénégal en 1897, il fut pourtant le premier Africain à décrocher un titre mondial dans un sport, toutes disciplines confondues. Son exploit, aussi retentissant que dérangeant, lui valut gloire éphémère, bannissement et ostracisme.

Un combat historique au parfum de scandale

Le 24 septembre 1922, au stade Buffalo de Montrouge, près de Paris, près de 50 000 spectateurs assistent à un affrontement qui marquera durablement l’histoire du sport. Sur le ring : Georges Carpentier, héros national français, champion du monde, décoré pour ses faits d’armes durant la Première Guerre mondiale, face à Battling Siki, boxeur sénégalais encore perçu comme un outsider.

Comme son adversaire, Siki est un ancien combattant, blessé au front, décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire. Mais dans l’imaginaire colonial de l’époque, il reste avant tout « un Noir », un colonisé.

À lire aussi : CAN 2025 : Le Maroc met en place un centre africain de coordination sécuritaire sans précédent

Dominé dans les premiers rounds, Siki se relève, encaisse, résiste. Au sixième round, contre toute attente, il envoie Carpentier au tapis. Le public est médusé. Mais l’arbitre, dans une décision controversée, disqualifie le Sénégalais pour un supposé croche-pied. La foule gronde, proteste, crie à l’injustice. Face à la pression, les juges reviennent sur la décision : Battling Siki est déclaré vainqueur et champion du monde.

Une victoire insupportable pour l’ordre colonial

Ce triomphe dépasse le cadre du sport. Pour la première fois, un Africain terrasse une icône blanche sous les yeux de l’Europe. Très vite, la machine se met en marche pour discréditer le champion. La Fédération française de boxe le sanctionne sans fournir de motifs clairs. Les journaux déversent un flot d’insultes racistes : on parle de « Championzee », on le compare à un singe, on remet en cause son humanité.

Son propre manager le renie, l’accusant d’être incapable de « civilité » et de rester un « primitif ». Certains chroniqueurs vont plus loin, affirmant que ce combat aurait été truqué, que Siki aurait accepté de perdre avant de « trahir » l’accord. Une version jamais prouvée, mais largement exploitée pour salir son nom.

Blaise Diagne monte au créneau

Face à l’injustice, Blaise Diagne, député français et figure majeure de l’histoire politique sénégalaise, prend publiquement la défense de son compatriote. À l’Assemblée nationale, il dénonce une sanction fondée sur le racisme et non sur le sport :

« Entre deux boxeurs, l’un blanc, l’autre noir, il n’appartient pas à ma dignité de choisir. Je sais seulement que tous deux sont français. »

Mais rien n’y fait. Siki est définitivement banni de France.

À lire aussi : Ghana / Faits divers: 32 Nigérians arrêtés à Kasoa Tuba pour escroquerie sentimentale

L’exil et la chute

Contraint de quitter l’Europe, Battling Siki tente de défendre son titre ailleurs. L’Angleterre lui ferme ses portes, invoquant le danger que représenteraient les combats entre Blancs et hommes de couleur pour « les intérêts de la Nation ». Il combat finalement en Irlande, puis s’exile aux États-Unis.

À New York, malgré son talent, il peine à obtenir une licence officielle. Lorsqu’il l’obtient enfin, on l’oblige à affronter des adversaires plus lourds. S’il perd certains combats, sa bravoure impressionne. Pourtant, la précarité, l’isolement et le racisme continuent de le poursuivre.

Le 15 décembre 1925, Battling Siki est abattu de plusieurs balles dans le dos à Harlem. Il n’avait que 28 ans.

Une mémoire longtemps confisquée

Enterré aux États-Unis, son corps ne sera rapatrié au Sénégal qu’en 1993, grâce à l’engagement de sa famille, notamment de sa petite-fille Marième Soda Fall, qui œuvre depuis des décennies pour faire connaître son histoire.

Aujourd’hui encore, Battling Siki reste une figure méconnue dans son propre pays, alors que son nom a inspiré des militants anticoloniaux, des écrivains, des révolutionnaires et même des légendes de la boxe comme Muhammad Ali.

Au-delà du ring

À lire aussi : Cancer du sein : l’Hôpital militaire de Ouakam franchit un cap technologique historique en Afrique de l’Ouest

La victoire de Battling Siki ne fut pas seulement sportive. Elle fut politique, symbolique et historique. Elle révéla au grand jour les contradictions d’un monde colonial incapable d’accepter l’égalité, même dans l’arène du sport.

Plus d’un siècle après son combat mythique, Battling Siki demeure le symbole d’un talent africain brisé par le racisme, mais aussi d’une dignité qui, malgré tout, a résisté aux tentatives d’effacement.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

Partager cet article

Recherche en direct

Catégories

Votre Pub ici !

Autres publications

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Activer les notifications Accepter Non, merci