BÉNIN : L’AFFAIRE BOKO–HOMEKY, OU QUAND LA JUSTICE DEVIENT LE THÉÂTRE DU POUVOIR
Votre Pub ici !

Analyse politique – Par Tossoukpe Frédéric Herman | Dunia News
Le Bénin, autrefois cité comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, traverse aujourd’hui une zone de turbulences institutionnelles. La condamnation à 20 ans de prison ferme d’Olivier Boko, homme d’affaires, proche ami et confident du président Patrice Talon, et de l’ex-ministre des Sports Oswald Homeky, marque un tournant inquiétant.
Derrière la façade judiciaire, c’est tout un système de pouvoir, de peur et de contrôle qui se dévoile, rappelant que dans certaines républiques, la justice ne juge plus : elle exécute.
Une justice qui frappe, mais ne convainc pas
La Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET), créée pour lutter contre la corruption et le terrorisme, semble s’être muée en tribunal politique.
La vitesse du procès, la nature des charges, la faiblesse des preuves et le ton des audiences ont donné à cette affaire des allures de procès spectacle, où le verdict était déjà écrit avant que les juges ne délibèrent.
À lire aussi : Bénin : tragédie à Parakou, un étudiant perd la vie dans un accident quelques heures après sa soutenance
Olivier Boko, longtemps présenté comme le cerveau économique du régime Talon, est tombé pour « complot contre l’autorité de l’État ». Mais de quel complot parle-t-on ? D’un désaccord interne ? D’une ambition politique perçue comme une menace ?
« Quand la loyauté devient un crime et la pensée une insurrection, c’est que la démocratie a changé de camp », analyse Dunia News.
La justice béninoise, en s’érigeant en outil de purification politique, donne l’illusion d’une moralisation alors qu’elle enracine un système de sélection punitive : protéger les fidèles, punir les déviants.
Le procès du silence : Talon juge ses ombres
Ce procès n’est pas seulement celui de Boko et Homeky. Il est aussi celui de Patrice Talon face à lui-même, face à son ombre.
Olivier Boko était perçu comme son alter ego – celui qui connaissait les rouages, les réseaux, les secrets d’un pouvoir construit sur l’efficacité, mais aussi sur la méfiance. En le livrant à la CRIET, le chef de l’État semble avoir voulu se libérer d’un double encombrant, d’un reflet devenu trop visible.
À lire aussi : Zambie : fusillade mortelle à Lusaka, la police ouvre une enquête sur une agression aggravée
Oswald Homeky, quant à lui, paie le prix de l’ambition dans un système qui ne tolère pas la lumière hors du centre présidentiel. Dans un régime où la loyauté se mesure au silence, tout soupçon d’autonomie devient un péché.
« Ce procès est un message : aucun homme n’est intouchable, sauf celui qui tire les ficelles. »
Un pays entre réforme et dérive autoritaire
Le Bénin est aujourd’hui à la croisée des chemins : réformer ou régner.
Depuis 2016, le pouvoir a multiplié les réformes institutionnelles et économiques, consolidé les finances publiques et amélioré l’image du pays à l’étranger. Mais derrière ce vernis moderniste, s’installe un pouvoir solitaire, concentré entre les mains d’un homme et d’un cercle restreint.
Les opposants emprisonnés, les médias muselés, les élections verrouillées : tout concourt à transformer la démocratie béninoise en démocratie sous contrôle.
L’affaire Boko–Homeky ne révèle pas une justice forte, mais une justice instrumentalisée – celle qui obéit, celle qui punit quand on le lui demande, celle qui sert à neutraliser plus qu’à éclairer.
« Une justice qui choisit ses coupables n’est plus la gardienne de la loi, mais la servante du pouvoir. »
Le regard de Dunia News : la République ou le règne ?
À lire aussi : Zambie : des migrants éthiopiens retrouvés morts étouffés dans un camion conteneurisé
Conformément à sa charte éditoriale, Dunia News affirme que la vérité n’est pas un luxe, c’est un devoir.
Ce procès, loin d’être un acte de justice, ressemble à un avertissement politique. Il questionne le futur du Bénin : peut-on encore parler d’un État de droit lorsque la peur guide les jugements et que les tribunaux deviennent des chambres d’écho du pouvoir exécutif ?
La justice devrait être la colonne vertébrale d’une nation. Au Bénin, elle risque de devenir sa fracture la plus visible.
Et quand la justice tremble devant le pouvoir, c’est le peuple entier qui perd sa voix.
📧 info@dunia-news.com | 📞 +1 951 618 9300
👉 Pour toute publication, dénonciation ou témoignage, contactez DUNIA News.
DUNIA NEWS – La voix de ceux qu’on n’entend pas.
✍️ Tossoukpe Frédéric Herman













