Boycott médiatique : quand l’absence fragilise la majorité
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Le Pastef est aujourd’hui confronté à un paradoxe politique majeur : en désertant les plateaux de télévision et les studios des radios privées, le parti au pouvoir a laissé s’installer un vide dont il est désormais le premier perdant. Officiellement, cette absence résulte d’une consigne donnée par le leader du parti, Ousmane Sonko, invitant les cadres à boycotter des médias jugés partisans et hostiles. Mais à l’épreuve des faits, cette stratégie montre ses limites et révèle un coût politique non négligeable.
Il ne s’agit pas ici de trancher sur la légitimité du choix initial, encore moins de contester les motivations qui l’ont inspiré. Il s’agit plutôt d’en mesurer les conséquences concrètes sur la visibilité de l’action gouvernementale et sur la qualité du débat démocratique. Car une démocratie vivante se nourrit de confrontations d’idées, de contradictions assumées et de débats publics équilibrés. Or, en se retirant durablement de ces espaces, la majorité s’est privée d’un outil essentiel de communication et de pédagogie politique.
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Le résultat est aujourd’hui évident : l’opposition et les critiques du régime occupent presque sans partage les plateaux audiovisuels. Soir après soir, les mêmes émissions proposent des débats à sens unique, où chroniqueurs, présentateurs et invités convergent dans une lecture exclusivement critique de l’action gouvernementale. En face, personne pour répondre, nuancer ou rétablir les faits. Le vide laissé par le Pastef est devenu un boulevard offert à ses adversaires.
Plus paradoxal encore, cette absence dans les médias traditionnels est souvent compensée, après coup, par une intense activité sur les réseaux sociaux. Dès la fin des émissions, des militants et sympathisants dits « patriotes » montent au créneau pour réfuter les accusations, démonter les analyses jugées biaisées et défendre le bilan du régime. Cette mobilisation numérique, aussi énergique soit-elle, souligne pourtant l’incohérence de la stratégie : pourquoi répondre sur les réseaux à des débats auxquels on a choisi de ne pas participer ?
D’autant que les arguments ne manquent pas. En dix-huit mois d’exercice du pouvoir, le tandem Diomaye–Sonko affiche un bilan substantiel dans plusieurs secteurs clés. L’agriculture a bénéficié d’une augmentation de 30 milliards de francs CFA de son enveloppe budgétaire. L’éducation a vu le recrutement de 4.000 enseignants dans le cycle élémentaire et de 700 professeurs dans l’enseignement supérieur et la formation professionnelle. Le secteur de la santé a été renforcé avec l’intégration de 250 sages-femmes, tandis que 262 villages ont été électrifiés.
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À cela s’ajoutent le lancement du Plan Diomaye pour la Casamance, le démarrage de l’autoroute de l’eau, le financement de 71 projets en faveur des émigrés, la suppression de certains accords de pêche, le départ des bases militaires françaises, la mobilisation de près de 200 milliards pour apurer la dette intérieure, un appui de 10 milliards à la Couverture maladie universelle, ainsi que le lancement des huit pôles territoriaux.
Dernier fait marquant, et non des moindres : la baisse effective des prix de plusieurs produits essentiels en cette fin d’année. Riz, huile, sucre, gaz butane, essence et gasoil ont connu des diminutions sensibles, contribuant à améliorer le pouvoir d’achat des ménages. Un signal fort, salué par de nombreux citoyens, mais insuffisamment valorisé dans l’espace médiatique classique.
La question centrale demeure alors : qui porte ce bilan dans les grands débats publics ? Certes, les réseaux sociaux jouent un rôle croissant, mais leur portée reste fragmentée et souvent polarisée. L’impact serait sans doute plus large et plus structurant si les cadres du Pastef, nombreux et compétents, acceptaient de réinvestir les médias privés, y compris ceux jugés critiques.
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Réintégrer ces espaces ne signifie ni se soumettre ni renoncer à ses principes. Il s’agit plutôt de combattre la désinformation, d’exiger des débats utiles et contradictoires, et de faire vivre une démocratie où l’absence ne peut jamais être une stratégie durable. À l’évidence, la chaise vide ne profite pas à la majorité.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













