Burkina Faso : le gouvernement adopte un projet de loi rétablissant la peine de mort pour trahison, terrorisme et espionnage
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Dans un contexte de guerre intérieure et de transition politique tendue, Ouagadougou opère un retour historique vers la peine capitale, sept ans après son abolition.
Le jeudi 4 décembre 2025, le Conseil des ministres du Burkina Faso a adopté un projet de loi visant à rétablir la peine de mort pour trois crimes considérés comme les plus graves : la haute trahison, les actes de terrorisme et les actes d’espionnage. Le texte, présenté par le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré, s’inscrit dans la révision globale du code pénal et marque un tournant juridique dans un pays éprouvé par une instabilité prolongée.
Un retour justifié par les autorités comme une réponse à la menace
Le rétablissement de la peine capitale est présenté par l’exécutif comme une mesure de protection nationale, pensée pour renforcer la capacité de l’État à sanctionner ceux qu’il considère comme des ennemis déterminés de la République. Face à l’ampleur des attaques terroristes, à la fragilité institutionnelle et aux tensions internes, le gouvernement affirme agir « en accord avec les attentes profondes du peuple », estimant que la survie de la Nation exige des mesures exceptionnelles.
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Cette décision s’inscrit dans un moment de crispation sécuritaire. Depuis des années, le Burkina Faso vit au rythme des incursions djihadistes, des déplacements de populations et d’une violence polymorphe qui a désorganisé le tissu social. Dans ce climat, les termes « trahison » et « terrorisme » n’ont plus seulement une définition juridique ; ils portent le poids d’un pays qui lutte pour son intégrité.
Un nouveau code pénal plus sévère, reflet d’une vision de l’ordre
Le projet adopté par le Conseil des ministres ne se limite pas à la peine capitale. Il rehausse également les amendes, renforce les sanctions contre les crimes économiques et introduit des dispositions controversées, notamment sur les infractions liées aux mœurs. Pour le gouvernement, cette refonte répond à l’urgence de rétablir une justice plus dissuasive et plus adaptée au contexte.
Pour les défenseurs des droits humains, cette réforme apparaît au contraire comme un signe de durcissement préoccupant, dans un système judiciaire déjà éprouvé par les défis de la transition. La question des garanties d’un procès équitable, de l’indépendance des magistrats, et du risque d’erreurs irréversibles demeure au cœur des inquiétudes.
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Une société divisée entre aspiration à la sécurité et crainte d’un recul des libertés
Dans les rues de Ouagadougou comme dans les analyses d’experts, les positions divergent. Certains voient dans ce retour un instrument nécessaire pour lutter contre les ennemis de la Nation. D’autres y lisent une dérive possible, voire un risque historique : celui d’ancrer la justice burkinabè dans une logique punitive extrême, dans un moment où les institutions manquent encore de stabilité.
Le débat révèle une tension fondamentale : celle qui oppose la soif de sécurité à la protection des droits fondamentaux. À travers ce choix, c’est toute la question de la place de la vie humaine dans les stratégies de sortie de crise qui refait surface.
Un texte à forts enjeux politiques, pas encore une loi mais déjà un marqueur
Le projet doit encore être examiné par l’Assemblée législative de transition avant de devenir une loi en vigueur. Pourtant, son impact politique est d’ores et déjà perceptible. Il redessine les lignes du discours officiel, replace l’État dans une posture de sévérité assumée, et confirme la volonté du pouvoir de se montrer inflexible dans sa lutte contre les forces qui menacent la survie du pays.
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Pour l’Afrique, cette décision burkinabè résonne comme un rappel : à l’ombre des crises sécuritaires, de nombreux États réinventent leurs modèles de justice, parfois au risque d’affaiblir les libertés qu’ils prétendent défendre. Entre exigence de protection et respect de la dignité humaine, le continent se trouve une fois de plus face à un choix complexe.
Celine Dou
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