« Si Dieu avait quelque chose contre le fait que le père soit le premier mari de sa fille, il n’aurait pas permis la naissance du beau gosse. » — Saint Désir Atango, 2025
La sidération ne suffit plus. Il faut nommer l’abjection pour ce qu’elle est. Dans une déclaration publiée sur sa page Facebook, l’artiste camerounais Saint Désir Atango reconnaît publiquement avoir eu des relations sexuelles consenties avec ses deux filles biologiques, dont l’une aurait donné naissance à son enfant. Il présente cet acte comme un acte spirituel et politique : un « retour aux sources », une prétendue voie de « libération de l’Afrique », loin des « dogmes religieux impérialistes ».
Ce discours est non seulement d’une violence morale extrême, mais il s’attaque aussi aux fondements de l’éthique humaine, à la dignité des femmes, à la protection de l’enfance, et à la responsabilité parentale. Il constitue une tentative grotesque de justifier l’inceste par des arguments pseudo-traditionnalistes et néo-spiritualistes, qui relèvent en réalité de la manipulation mentale et de l’instrumentalisation idéologique.
Saint Désir Atango ne se revendique plus « chrétien » mais « le Christ », « animiste fondamentaliste », porteur d’une mission divine et messianique. Il fait de l’inceste un acte libérateur, accusant les religions importées d’avoir enfermé l’Afrique dans des « tabous aliénants ». Ce discours n’est pas inédit. On le retrouve dans certaines dérives sectaires où la frontière entre foi, domination et prédation sexuelle est systématiquement brouillée.
Ce qui choque ici, c’est l’absence totale de remords, la revendication de l’acte comme modèle de société, et l’appel lancé aux députés pour qu’ils révisent les lois de la République au nom d’une « renaissance africaine ».
Dans tous les États de droit, y compris ceux d’Afrique, l’inceste est un crime d’autant plus quand il est pratiqué sur fond d’influence parentale ou spirituelle. Il heurte non seulement la loi mais les principes fondamentaux de la relation parent-enfant. Le consentement, lorsqu’il est obtenu dans un cadre de dépendance affective ou idéologique, ne peut être considéré comme libre et éclairé. La dignité des personnes, en particulier celle des enfants, n’est pas négociable. Jamais.
Les propos de Saint Désir Atango doivent être traités par la justice, et non par les réseaux sociaux. Si les faits sont avérés, une enquête pénale approfondie s’impose. L’État de droit ne peut tolérer que des justifications pseudo-culturelles soient brandies pour excuser des crimes aussi graves.
Les luttes panafricaines, les combats pour la souveraineté culturelle, la critique des dogmes coloniaux ou religieux sont légitimes et nécessaires. Mais les détourner pour justifier l’indéfendable, c’est souiller ces combats. L’Afrique ne se libérera pas par le viol des consciences ni par l’annulation des repères moraux fondamentaux. Elle se libérera par l’éducation, la justice, l’éthique, le respect de la vie et surtout par la protection des plus vulnérables, à commencer par les enfants.
Ce n’est pas un hasard si cette affaire surgit à la veille d’une désignation coutumière, dans un contexte de rivalités locales et de pressions politiques. Que cette affaire soit exploitée à des fins concurrentielles ne doit pas faire oublier l’ignominie des faits eux-mêmes.
ces temps où l’identité africaine est brandie comme un étendard, veillons à ne pas la transformer en masque pour les pires abus. Le sang ne se purifie pas par l’inceste. La tradition ne légitime pas l’impunité. Et la libération de l’Afrique ne saurait jamais passer par l’asservissement des filles par leur propre père.
« La parole est libre. Mais elle n’est pas au-dessus de la loi. Ni au-dessus de la conscience« : Celine Dou
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