Canal de Panama : la justice invalide les concessions chinoises sur fond de bras de fer sino-américain
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Un an après les déclarations tonitruantes de Donald Trump sur une supposée « mainmise chinoise » sur le canal de Panama, la justice panaméenne vient de frapper un coup décisif. La Cour suprême du pays a jugé inconstitutionnels les contrats liant l’État à la Panama Ports Company (PPC), filiale du géant hongkongais CK Hutchison, qui exploitait depuis près de trois décennies deux terminaux stratégiques du canal.
La décision, rendue jeudi soir, concerne les ports de Balboa, sur la façade Pacifique, et de Cristobal, côté Atlantique. Ces infrastructures clés, concédées à PPC dans les années 1990, avaient vu leur licence automatiquement renouvelée en 2021 pour une période supplémentaire de 25 ans. Un renouvellement aujourd’hui remis en cause au nom du respect de la Constitution panaméenne.
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Un contentieux juridique aux lourdes implications économiques
Selon des informations relayées par Al Jazeera, la Cour suprême estime que les conditions dans lesquelles ces concessions ont été accordées et prolongées ne respectaient pas les exigences constitutionnelles en matière de gestion des biens stratégiques de l’État. Mais au-delà de l’argument juridique, le dossier est alourdi par de sérieuses accusations financières.
Une plainte déposée en 2025 accuse la société de n’avoir pas honoré pleinement ses obligations fiscales. L’audit qui a suivi a révélé des irrégularités comptables significatives. Le manque à gagner pour l’État panaméen est estimé à environ 300 millions de dollars depuis le dernier renouvellement de la concession, et à près de 1,2 milliard de dollars sur l’ensemble du contrat initial.
Une décision sous haute tension géopolitique
Le verdict intervient dans un contexte international particulièrement sensible. Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a ravivé la rhétorique sécuritaire autour du canal, allant jusqu’à évoquer, il y a un an, la possibilité d’un contrôle américain si l’infrastructure stratégique tombait sous « influence chinoise ».
Construit par les États-Unis avant d’être rétrocédé au Panama en 1999, le canal voit transiter environ 5 % du commerce maritime mondial. Washington considère désormais cette voie comme un maillon critique de sa sécurité économique et stratégique, et multiplie les initiatives pour freiner l’expansion chinoise en Amérique latine.
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Pékin et l’opérateur montent au créneau
Sans surprise, la réaction n’a pas tardé. La Panama Ports Company a dénoncé une décision « dépourvue de fondement juridique », estimant qu’elle menace la stabilité de milliers d’emplois locaux liés aux activités portuaires. Pékin, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a promis de prendre « toutes les mesures nécessaires » pour défendre les intérêts légitimes de ses entreprises.
Cette affaire pourrait contraindre les autorités panaméennes à repenser en profondeur le cadre légal de la gestion portuaire, voire à lancer de nouveaux appels d’offres internationaux. En toile de fond, un projet de cession des actifs portuaires de CK Hutchison — évalué à près de 23 milliards de dollars et impliquant un consortium mené par l’américain BlackRock — reste à l’arrêt, bloqué par les réticences du gouvernement chinois.
Plus qu’un simple litige commercial, le dossier des ports du canal de Panama apparaît désormais comme un nouvel épisode du duel stratégique entre Washington et Pékin, avec l’Amérique centrale en terrain d’arbitrage.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













