Carnet noir dans la presse béninoise : quatre voix éteintes, une profession en deuil
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Micro-trottoir – Dunia News
🖋️ Par Patrice Assiongbon Sowanou
Dans un intervalle de 35 jours seulement, la presse béninoise a perdu quatre de ses plus grandes figures, emportées dans le silence de la nuit, sans annonce officielle, sans hommage national, parfois même sans écho médiatique. Raïssa Gbédji, Sonia Annick Agbantou, Philippe Gado, Christophe Djossou : quatre noms, quatre talents, quatre lumières dans l’univers journalistique local. Ils étaient la voix de l’information, des éclaireurs de la vérité. Ils sont désormais le visage du deuil.
Le choc est immense. Le vide est réel. Et dans les rédactions comme dans les rues de Cotonou ou de Parakou, le sentiment est partagé : celui d’un abandon progressif de ceux qui informent.
🎙️ Dunia News a tendu son micro à des acteurs du secteur, journalistes et observateurs avisés, pour donner la parole à ceux qui vivent cette réalité au quotidien.
Timothée YEGBEGNON, journaliste à DB Médias :
« Je reste sans voix quand les porte-voix partent dans un silence complice. »
Dans un témoignage sans filtre, Timothée YEGBEGNON dresse un constat alarmant :
« Beaucoup de journalistes souffrent réellement. Le système ne les protège pas. Combien sont-ils, ceux dont on n’entend plus la voix ? Ceux qui quittent discrètement la profession, usés, malades, oubliés ? »
Il dénonce l’absence de couverture sociale :
« Les journalistes vivent de per diem. Pas de contrat, pas d’assurance, pas de déclaration à la CNSS malgré les textes en vigueur. Et lorsque la maladie frappe, c’est sur les réseaux sociaux qu’on mendie des soins. Regardez le cas de Judicaël J. Gbaguidi, souffrant d’insuffisance rénale. Il a dû quémander sa survie. »
Un cri du cœur amer, douloureux, mais nécessaire :
« Être journaliste au Bénin, c’est déplorable. Je ne le souhaite même pas à mes enfants. »
Stanislas HOUNSOU, juriste et rédacteur en chef à CDD News :
« Ce ne sont pas que des professionnels que nous perdons, ce sont des sentinelles. »
Dans une déclaration empreinte de dignité et d’émotion, Stanislas Hounsou rappelle l’importance symbolique des défunts :
« Je pleure mes confrères tombés dans le silence. Des hommes de plume, des figures de courage, des voix de vérité se sont éteintes. Le vide qu’ils laissent est immense. »
Il souligne leur rôle dans la société :
« Ils n’étaient pas de simples journalistes. Ils étaient des éclaireurs, des consciences éveillées, des veilleurs de démocratie. »
Et conclut par une prière puissante :
« Que Dieu leur accorde le repos éternel. Et que leur flamme continue d’éclairer notre engagement pour une presse intègre, humaine et audacieuse. Je ne les oublierai pas. »
Un silence lourd dans les rédactions
Le climat actuel dans les rédactions est celui d’un malaise profond. Si certains évoquent un simple coup du sort, d’autres dénoncent un manque de politique de protection et de valorisation des professionnels des médias. Beaucoup travaillent sans couverture sociale, dans des conditions précaires, parfois sans reconnaissance.
En off, un journaliste de la radio communautaire de Porto-Novo confie :
« Nous sommes les voix de tous, mais personne n’est la voix pour nous. »
La presse pleure, mais elle se souvient
Ce micro-trottoir est un hommage. Une stèle de mots pour ceux dont la voix s’est tue. Dunia News, fidèle à sa mission, refuse de laisser tomber le rideau sans témoigner. Le deuil n’est pas que personnel. Il est collectif. Il est politique. Il est professionnel.
À Raïssa Gbédji, Sonia Annick Agbantou, Philippe Gado et Christophe Djossou : vous n’étiez pas que journalistes. Vous étiez l’âme de l’information.
Que dit la HAAC ? Que font les employeurs ? Que prévoit le gouvernement ?
Ce deuil soulève des questions essentielles :
Où est la politique de soutien aux journalistes indépendants ?
Que deviennent les enfants, les conjoints des journalistes disparus ?
Et surtout : jusqu’à quand faudra-t-il mourir dans l’indifférence pour être entendu ?
Dunia News s’incline…
Face à la douleur, nous choisissons la dignité. Mais face au silence, nous élevons la voix.
“Ils sont partis, mais leur combat reste.”













