Cayor : la nouvelle ceinture verte qui veut nourrir le Sénégal
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Alors que la zone des Niayes, longtemps considérée comme le cœur battant du maraîchage sénégalais, s’essouffle sous le poids de la salinisation des eaux et de la dégradation des sols, le Cayor profond s’impose progressivement comme la relève. À Mérina Dakhar, les acteurs locaux, soutenus par l’État et ses partenaires, ambitionnent de transformer la région en un vaste grenier de légumes et de fruits.
Une reconversion agricole porteuse d’espoir
Traditionnellement tournée vers la culture saisonnière de l’arachide, du mil et du niébé, la zone du Cayor s’ouvre désormais au maraîchage. Le chef du Centre de promotion du développement territorial (CPDT) de Mérina Dakhar, Lamine Diouf, souligne que la région « dispose d’atouts considérables : des sols fertiles, une eau douce et abondante, et une main-d’œuvre locale motivée, notamment parmi les jeunes et les femmes ».
Cette transition agricole s’inscrit dans une dynamique nationale de diversification, soutenue par plusieurs programmes de développement rural. Les populations, autrefois dépendantes de l’hivernage, se mobilisent aujourd’hui autour de la culture irriguée, plus stable et plus rentable.
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Des projets structurants pour une agriculture durable
Au cœur de cette mutation, le Programme d’Appui au Programme National d’Investissement Agricole au Sénégal (PAPSEN), financé par la coopération italienne, joue un rôle central. Lancé en 2012, il vise à éradiquer la pauvreté rurale en renforçant la production agricole et les revenus des ménages.
Selon Kalidou Kane, coordinateur régional du PAPSEN Centre, 400 hectares de fermes horticoles et arboricoles irriguées ont été installés dans les régions de Thiès, Fatick et Diourbel. Rien qu’à Mérina Dakhar, 195 hectares ont été aménagés, répartis en 29 fermes agricoles, dont 19 sont déjà fonctionnelles. Certaines intègrent même des poulaillers modernes pour diversifier les revenus.
Femmes et jeunesse au cœur du renouveau
Sous un soleil de plomb, les femmes du GIE Sine Macoumba récoltent du gombo et du niébé dans leur ferme de neuf hectares. Leur vice-présidente, Sokhna Lèye, témoigne :
« Depuis l’installation de la ferme, l’exode des femmes s’est réduit. Nous produisons nos légumes et soutenons nos familles. »
Grâce au PAPSEN, elles bénéficient d’infrastructures modernes : clôtures, forages, systèmes de goutte-à-goutte, semences, intrants gratuits et formation agricole. Les premiers revenus ont permis d’acheter des fournitures scolaires et de réduire les charges familiales.
Des résultats prometteurs et un avenir radieux
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Les premières récoltes sont déjà encourageantes : 20 tonnes de gombo, 2 tonnes de tomates, sans compter l’oignon, la pastèque, le poivron ou la carotte. L’arboriculture complète cette dynamique, avec la plantation de manguiers et de citronniers.
Pour Assane Kounta, vice-président du GIE Cheikh Sidy Khouya, « le soutien du PAPSEN a changé le visage du Cayor ; il suffit d’une délibération communale et le projet accompagne les producteurs dans toutes les étapes ».
En parallèle, d’autres initiatives comme le Projet d’Appui Régional à l’Initiative pour l’Irrigation au Sahel (PARIIS) viennent renforcer cette révolution verte.
Vers une souveraineté alimentaire made in Cayor
Le coordinateur Kalidou Kane reste optimiste :
« Le Cayor se dirige vers la souveraineté alimentaire en légumes. Si la dynamique actuelle se maintient, la région pourra bientôt remplacer les Niayes comme principal bassin maraîcher du pays. »
Des coopératives communautaires agricoles sont en cours de création dans chaque commune pour faciliter la commercialisation et la gestion des productions.
Cependant, un défi majeur persiste : la mauvaise accessibilité de la route Mékhé–Thilmakha, essentielle au désenclavement économique. Les autorités locales, appuyées par le sous-préfet Mouhamadou Wade, appellent à sa réhabilitation urgente :
« Cette route est le cordon ombilical du Cayor des profondeurs. Sans elle, notre développement reste entravé. »
En somme, le Cayor s’impose comme une terre d’avenir pour le maraîchage sénégalais. En redonnant à la ruralité ses lettres de noblesse, Mérina Dakhar et ses habitants montrent que la souveraineté alimentaire n’est pas un rêve lointain, mais une réalité en germination.
— Par Imam chroniqueur Babacar Diop













