Ce que la CAN fait aux hommes

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Ce que la CAN fait aux hommes

Il y a des maillots qui pèsent plus lourd que le tissu. Le maillot national, surtout lorsqu’il est porté lors d’une Coupe d’Afrique des Nations, appartient à cette catégorie rare des symboles qui transforment un joueur en dépositaire d’un peuple. Le sociologue Pierre Bourdieu rappelait que « le sport est un fait social total », et en Afrique, cette affirmation prend une profondeur particulière. La CAN n’est jamais un simple tournoi : elle est un miroir de nos sociétés, de leurs espérances et de leurs fragilités.


Être appelé pour une CAN n’est pas un privilège ordinaire. C’est l’aboutissement d’un long chemin semé de sacrifices, mais aussi l’entrée dans une zone de haute responsabilité. L’ancien sélectionneur sénégalais Amara Traoré résumait cette charge symbolique en ces mots : « Quand tu portes le maillot national, tu ne joues plus pour toi, tu joues pour l’histoire et pour ceux qui te regardent sans jamais te rencontrer » (entretien, presse sénégalaise). À cet instant, le joueur cesse de s’appartenir. Il devient un drapeau vivant.
Le parcours vers la CAN est souvent plus éprouvant que la compétition elle-même. Les qualifications africaines ont quelque chose d’initiatique. Terrains capricieux, publics hostiles, longs déplacements, pression psychologique permanente. Le journaliste et historien du football africain Babacar Ndaw écrit que « le football africain forge moins des artistes que des survivants » (Football et sociétés africaines). Se qualifier dans ces conditions, c’est déjà faire preuve de caractère.

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Une fois la CAN atteinte, le tournoi devient une célébration collective. Une fête où le continent se raconte à travers ses chants, ses couleurs et ses émotions sans filtre. Mais aucune aventure durable ne se construit sur l’individu seul. Les grandes équipes africaines ont toujours reposé sur le collectif. Hervé Renard, fin connaisseur du football africain, le rappelle souvent : « En Afrique, sans l’adhésion du groupe, le talent individuel ne suffit jamais » (conférences techniques CAF). La CAN est impitoyable avec les égos solitaires.
Mais la CAN est aussi une école de la cruauté. Les finales perdues, les occasions manquées, les tirs au but qui décident du destin de toute une génération. L’ancien international camerounais Patrick Mboma confiait avec lucidité : « En Afrique, une défaite ne s’oublie pas vite, parce qu’elle touche la fierté collective » (entretien, Canal+ Afrique). Sous la pression, l’absence de préparation mentale peut faire vaciller les plus solides. Dans ces moments extrêmes, certains avancent malgré la peur, non par héroïsme, mais par sens du devoir.


C’est dans ces instants que le football africain révèle sa vérité la plus humaine. Il n’est pas seulement affaire de spectacle ou de performance. Il est un espace de transmission, de courage discret et de responsabilités silencieuses. L’écrivain et penseur sénégalais Boubacar Boris Diop notait que « le sport, comme la littérature, raconte ce que les peuples n’osent pas toujours dire directement ». À la CAN, ces récits s’écrivent en quatre-vingt-dix minutes, parfois en un seul tir au but.

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Porter le maillot national lors d’une Coupe d’Afrique des Nations n’est donc jamais une simple ligne sur un palmarès. C’est une part de vie que l’on emporte avec soi, longtemps après que les stades se sont vidés et que les cris se sont tus

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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