Climat : quand le Sud subit les excès du Nord industriel

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Climat : quand le Sud subit les excès du Nord industriel

Depuis l’Accord de Paris en décembre 2015, le monde s’était engagé à limiter le réchauffement climatique « en deçà de 2 °C » et à s’efforcer de le maintenir à 1,5 °C d’ici la fin du siècle. Dix ans plus tard, ces ambitions restent largement théoriques. Les données scientifiques sont implacables : l’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée, franchissant la barre symbolique des +1,5 °C, selon la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration). Les conséquences sont visibles : ouragans dévastateurs dans les Caraïbes, pluies extrêmes en Asie du Sud-Est, vagues de chaleur et incendies records en Europe.

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Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) souligne que « les impacts des événements climatiques extrêmes sont quinze fois plus élevés dans les pays vulnérables que dans les pays développés » (GIEC, Rapport AR6, 2021). Le constat est clair : le continent africain, responsable d’à peine 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, paie le prix fort des excès du Nord industriel. Sécheresses, inondations, insécurité alimentaire et migrations forcées se multiplient, confirmant que le changement climatique est avant tout une question de justice sociale et environnementale.

Malgré les promesses financières des pays développés – 100 milliards de dollars par an pour soutenir l’adaptation des pays vulnérables –, le bilan reste décevant. Selon Oxfam (Oxfam, Climate Finance Shadow Report, 2022), seulement un tiers des fonds annoncés correspondent à de l’aide réelle, le reste étant des prêts à taux commerciaux qui alourdissent la dette des nations les plus pauvres. Les pays les moins avancés (PMA) n’ont reçu que 19,5 % de ce financement.

Le professeur Saleemul Huq, spécialiste bangladais du changement climatique, insiste : « Les pays pauvres subissent des pertes et dommages disproportionnés, alors que leur contribution aux émissions globales est minimale » (Huq, S., Routledge, 2020, p. 112). Cette situation illustre le décalage entre les ambitions du Nord et la réalité du Sud.

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Face à ces limites, il devient impératif pour l’Afrique de développer ses propres mécanismes de financement et de résilience climatique. Cela passe par des fonds verts régionaux, des taxes carbone locales et des politiques agricoles et énergétiques souveraines, adaptées au contexte africain. Comme le rappelle la chercheuse et climatologue Fatima Denton, « il n’y aura pas de justice climatique sans action locale et régionale. Les pays du Sud doivent cesser de dépendre des promesses du Nord » (Denton, F., UNU-INRA, 2019, p. 87).

Le climat, lui, n’attend pas. Les solutions doivent être à la fois scientifiques, politiques et économiques. L’Afrique, qui souffre le plus tout en polluant le moins, doit désormais être acteur de sa propre résilience.

imam chroniqueur
Babacar Diop

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