Dakar, sous les néons du désespoir : silences, souffrances et survie dans le milieu de la prostitution

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Dakar, sous les néons du désespoir : silences, souffrances et survie dans le milieu de la prostitution

Par Imam chroniqueur Babacar Diop

À Dakar, quand la prière du crépuscule s’élève entre les immeubles et les vagues de l’Atlantique, la capitale se transforme. Les klaxons s’apaisent, les lumières s’allument, et dans les recoins de la ville — Corniche Ouest, Yoff, Almadies, Plateau —, un autre monde prend vie. Celui des femmes qui, pour survivre, vendent leur corps. Là où la misère croise le désir, et où les vies se consument dans un silence social aussi pesant que complice.

Un marché de survie et de solitude

« Je n’ai pas choisi cette vie, c’est la vie qui m’a choisie », confie A.K., 23 ans, originaire de Kolda. Venue à Dakar pour chercher du travail, elle a connu la dureté de la ville : emplois précaires, promesses déçues, puis la rue. Aujourd’hui, ses nuits se passent sous les lampadaires de la Corniche, espérant gagner de quoi envoyer 15 000 F CFA à sa mère, restée au village.

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Elle baisse la tête, honteuse : « Je prie et je jeûne, mais ce que je fais me pèse. Je veux vivre avec de l’argent licite. »
Ses mots traduisent l’abîme intérieur d’un grand nombre de jeunes femmes sénégalaises, prises au piège entre nécessité et culpabilité.

Une réalité sociale niée, mais bien réelle

La prostitution, loin d’être un tabou marginal, s’impose aujourd’hui comme un phénomène social majeur dans les grandes villes africaines. Selon la sociologue Fatou Sow (Université Cheikh Anta Diop), « la prostitution féminine est le miroir d’une société en crise : elle révèle les inégalités économiques, les failles familiales et le déficit d’alternatives pour les jeunes femmes » (Les sexualités africaines contemporaines, L’Harmattan, 2019, p. 114).

Ces femmes sont souvent des migrantes internes, déracinées, livrées à la précarité et à la stigmatisation. Dans son ouvrage Femmes et marginalités en Afrique, le sociologue Abdou Salam Fall rappelle : « Ce que la société appelle déviance est souvent une forme de survie déguisée » (Karthala, 2015, p. 67).

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Les blessures invisibles

Derrière les visages maquillés et les sourires forcés se cachent des blessures invisibles. L’humiliation, la peur, la violence.
Beaucoup subissent des agressions physiques, des rapports non protégés, des maladies sexuellement transmissibles, et un rejet social quasi systématique.

L’imam et penseur suisse Tariq Ramadan écrivait :

« La société moderne a remplacé la dignité par le désir, et le respect par la consommation. Quand la femme devient marchandise, c’est toute l’humanité qui se dévalue. »
(Radical Reform, Oxford University Press, 2009, p. 231).

Une vision spirituelle de la dignité

Le Saint Coran nous rappelle :

« Ne vous approchez point de la fornication. C’est une turpitude, et quel mauvais chemin ! »
(Sourate Al-Isrâ’, 17:32).

Mais la foi islamique ne se limite pas à la condamnation : elle appelle à la compréhension et à la miséricorde. Ibn al-Qayyim, dans Madarij as-Salikin, évoque que « le pécheur qui se repent sincèrement est souvent plus pur que celui qui n’a jamais fauté, car il connaît le goût amer du retour vers Dieu » (vol. 2, p. 345).

Ainsi, la prostituée n’est pas une paria : elle est une âme blessée, qui cherche, souvent en silence, la lumière du pardon.

Les enjeux moraux et économiques

L’économie du sexe à Dakar est un secteur invisible, mais florissant. Certains chercheurs estiment qu’il s’agit d’une véritable « économie parallèle », alimentée par le tourisme, la précarité, et l’effondrement de certains repères moraux.
Le sociologue Cheikh Guèye, dans Sociétés urbaines et marginalités au Sénégal (UCAD, 2022, p. 214), souligne :

« La prostitution n’est pas seulement un commerce de corps ; c’est une transaction entre la misère et l’indifférence. »

Et pourtant, cette économie ne profite à personne, sinon à quelques intermédiaires sans scrupule.

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Le regard de l’imam Babacar Diop : une plaie sociale et spirituelle

« Chaque nuit, sous les lampadaires, se joue un drame silencieux. Ce n’est pas seulement une question de morale, mais une question de société. La prostitution à Dakar traduit notre faillite collective : celle de l’État, qui n’a pas su offrir d’alternatives ; celle des familles, qui abandonnent leurs filles ; et celle des croyants, qui jugent sans tendre la main. »
— Imam chroniqueur Babacar Diop

Il poursuit :

« Ces femmes ne sont pas perdues : elles sont en attente de rédemption. Et c’est à la communauté de leur rouvrir la porte de la dignité. »

Espoir et réinsertion

Certaines associations tentent de briser le cycle. Le centre “Jamra-Soutoura” ou l’ONG “Tostan” offrent des formations, un accompagnement psychologique, et une aide au retour vers la vie professionnelle.
Mais ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène.

Dr. Mame Diarra Mbodj, psychologue clinicienne, note :

« La réinsertion des prostituées ne passe pas seulement par la formation ou le travail. Elle passe d’abord par la guérison de l’estime de soi. »
(Femmes, souffrances et résilience au Sénégal, Presses Universitaires de Dakar, 2021, p. 188).

Conclusion : pour une société du pardon et de la dignité

La prostitution n’est pas seulement un commerce du corps ; c’est une blessure morale au cœur d’une société qui a oublié les plus fragiles.
Si la loi doit protéger, la foi doit réparer. Car, comme le disait Cheikh Ahmadou Bamba :

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« Dieu n’abandonne jamais celui qui revient vers Lui avec un cœur sincère. »
(Massalik al-Jinân, chant 3, verset 42).

Et Imam chroniqueur Babacar Diop de conclure :

« La société dakaroise ne guérira pas tant qu’elle détournera le regard de ses filles perdues. Ce sont elles, souvent, qui portent la plus grande vérité sur notre humanité.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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