DÉBAT SOCIÉTÉ – ENTRE CULTURE, MODE ET CONTROVERSE
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Chaînes ou perles à la hanche : sensualité affirmée ou dérive morale ?
Elles tintent discrètement sous les pagnes, scintillent parfois sous les jupes fendues, ou s’affichent fièrement sur TikTok et Instagram. Qu’elles soient en perles colorées, en chaînes dorées ou en matières naturelles, les décorations portées à la hanche font leur grand retour. Longtemps perçues comme des symboles discrets de féminité, elles sont aujourd’hui au cœur d’un débat passionné : accessoires de beauté ou signe d’un relâchement moral ?
Avant d’être tendances sur les réseaux sociaux, les perles à la hanche avaient une place bien ancrée dans l’histoire de nombreuses sociétés africaines. Chez les Ashanti, les Ewe, les Yoruba ou encore les Akposso, ces ornements étaient bien plus que de simples bijoux : ils incarnaient la féminité, la fertilité, l’identité et même le passage à l’âge adulte.
“Ma grand-mère m’en a mis dès mes premiers pas”, confie Afi, 38 ans, commerçante à Atakpamé. “Elle disait que ça harmonisait le corps et préservait les énergies féminines.”
De nos jours, ce bijou traditionnel fait l’objet d’une réappropriation par une jeunesse en quête d’authenticité, de style, mais aussi de liberté corporelle. Sur les plages, en boîte ou même dans la sphère privée, les perles se portent désormais comme des signes d’affirmation personnelle. La chaîne, parfois associée à une touche de modernité ou de « sexy attitude », s’y ajoute pour sublimer les formes ou captiver les regards.
“C’est un accessoire intime mais fort. Je les porte pour me sentir bien, pas pour séduire”, affirme Divine M., influenceuse lifestyle togolaise suivie par plus de 40 000 personnes. “C’est notre culture, mais avec notre style.”
Cependant, ce retour en force ne fait pas l’unanimité. Pour certains leaders religieux et éducateurs, cette tendance dérive dangereusement vers l’hypersexualisation du corps féminin.
Un pasteur s’inquiète : “Ces jeunes filles qui exposent leurs perles sur Internet ou dans la rue dénaturent un symbole sacré. C’est devenu un outil de tentation, pas de tradition.”
Même son de cloche dans les milieux éducatifs : plusieurs proviseurs de lycée dénoncent l’usage de perles visibles chez certaines élèves, estimant qu’elles perturbent l’atmosphère studieuse et incitent au regard déplacé.
Le débat s’intensifie donc entre deux courants : ceux qui revendiquent le droit de disposer librement de leur corps et ceux qui plaident pour un respect des codes sociaux et moraux.
Pour une sociologue togolaise, il faut contextualiser : “Ce débat révèle une tension entre modernité et tradition. Il faut distinguer l’intention derrière le port de ces bijoux : est-ce pour se reconnecter à son identité ou pour provoquer ? La frontière est parfois floue.”
Une tendance qui dépasse les genres ?
Fait notable : certains jeunes hommes commencent aussi à porter des chaînes ou perles à la hanche dans des cercles artistiques ou militants queer, ajoutant une dimension de revendication identitaire et de fluidité des genres.
“Pourquoi les perles devraient être réservées aux femmes ?” questionne Kevin T., danseur et styliste basé à Lomé. “C’est un moyen d’expression. Et l’expression n’a pas de sexe.”
Faut-il interdire ou encadrer cette tendance ? Faut-il la comprendre comme un prolongement culturel ou une provocation sociale ? Le port de perles ou de chaînes à la hanche soulève des enjeux profonds : tradition, pudeur, émancipation, identité et perception du corps dans l’espace public.
Une chose est sûre : le corps devient un territoire d’expression… mais aussi de confrontation.
Jean-Marc Ashraf EDRON













