Démocratie en Afrique : quand la tentation de l’éternité au pouvoir devient la norme
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Par imam chroniqueur Babacar Diop
La question de la limitation des mandats présidentiels est plus que jamais d’actualité sur le continent africain. À l’heure où certains chefs d’État s’accrochent au pouvoir, quitte à retoucher leur Constitution, d’autres, plus rares, choisissent de respecter la règle du jeu démocratique.
En Ouganda, le président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de 40 ans, a fait savoir qu’il briguera un nouveau mandat. Au Cameroun, Paul Biya, 91 ans, reste silencieux, laissant les rumeurs enfler sur son éventuelle candidature. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, déjà investi par sa coalition, maintient le flou. Ces cas illustrent une tendance inquiétante : la prolongation des mandats devient une règle, et leur limitation, une exception.
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Ce phénomène, longtemps combattu par les sociétés civiles africaines, compromet les acquis démocratiques durement arrachés depuis les années 1990. Les modifications constitutionnelles, souvent taillées sur mesure, apparaissent comme un virus contagieux qui fragilise les institutions et ravive les tensions sociopolitiques.
La démocratie africaine, qui semblait reprendre des couleurs dans les années 2000, est aujourd’hui en proie à de violentes rechutes. Les velléités de troisième mandat, ou les candidatures perpétuelles, ont déclenché des vagues de contestation dans de nombreux pays, menées en grande partie par des jeunesses engagées, des médias libres et des organisations de la société civile.
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À cela s’ajoutent des pressions diplomatiques venues de l’extérieur. Lors de leurs visites sur le continent, plusieurs dirigeants occidentaux ont souligné l’importance de respecter les principes démocratiques. On se souvient notamment du discours de Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007, de celui de Barack Obama à Accra en 2009, ou encore de François Hollande à Cotonou en 2013. Tous, à leur manière, ont exhorté les dirigeants africains à respecter la règle de deux mandats, un pilier fondamental de toute démocratie moderne.
Toutefois, certains pays font figure d’exception vertueuse. Le président béninois Patrice Talon et l’ancien président sénégalais Macky Sall ont volontairement renoncé à briguer un mandat de plus, respectant ainsi les textes constitutionnels en vigueur. Ces rares exemples montrent qu’une culture démocratique peut s’enraciner, à condition qu’elle soit soutenue par des institutions fortes et une opinion publique vigilante.
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Les combats menés dans les années 1990 pour instaurer des régimes pluralistes doivent aujourd’hui être ravivés, non plus seulement pour acquérir la démocratie, mais pour en préserver l’essence même : l’alternance au pouvoir. Car sans cette dernière, la démocratie ne reste qu’un vernis institutionnel au service de régimes de plus en plus autocratiques.













