Doudou Ndiaye Rose : Le maître du rythme devenu mémoire du Sénégal

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Doudou Ndiaye Rose : Le maître du rythme devenu mémoire du Sénégal

On raconte qu’un seul battement de son tambour suffisait à réveiller un quartier entier. Né en 1930, Doudou Ndiaye Coumba Rose avait trouvé la formule magique : faire danser les Dakarois au moindre coup de baguette, hypnotiser les touristes les plus raides et obliger les plus grands orchestres du monde à se plier à ses « sabars » comme des élèves appliqués. Chef d’orchestre, patriarche d’une armée de filles percussionnistes, pédagogue infatigable et musicien universel, il dirigeait ses tambours comme un général exigeant… mais personne n’osait discuter : son rythme était imparable. Disparu un 19 août 2015, il reste ce maître absolu qui a prouvé qu’au Sénégal, on ne mesure pas le temps en secondes, mais en battements de tam-tam.

Quand ses mains frappaient la peau du sabar, les mots devenaient inutiles. Tout était là : le cri des ancêtres, la rumeur des forêts, le fracas des peuples et surtout l’élan du cœur. Doudou Ndiaye Rose a hissé le tambour au rang de langage universel. Il en a fait une science, un art, une mémoire vivante.

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Né le 28 juillet 1930 à la Médina de Dakar de Coumba Rose Niang et Iba Ndiaye Codou Yoro, il était fils unique. Sa mère lui conseilla d’associer son prénom au sien, comme une bénédiction destinée à l’accompagner sur un chemin d’éternité. Elle n’avait mis au monde qu’un enfant, mais Doudou, lui, donnera vie à quarante-deux descendants et inscrira son nom dans l’histoire comme une légende.

Issu d’une lignée de griots wolofs – gardiens de la mémoire et des généalogies –, il reconnaissait : « Ni mon père ni mon grand-père n’ont jamais joué au tam-tam. C’est mon arrière-grand-père qui fut un très célèbre batteur et je crois avoir hérité de lui ma passion » (entretien avec Seydou Sissouma, Le Soleil, 11 août 1988).

Très tôt, il comprit que le tambour est l’organe du peuple. Confié à « l’école du Blanc », il jonglait entre les bancs de classe et les cérémonies traditionnelles, préférant les mariages, baptêmes et fêtes populaires au silence des cahiers. Mais son oncle, sévère, découvrit vite la vérité : la passion du sabar. Les coups pleuvaient, la punition fut terrible – clavicule fracturée, œil tuméfié, deux mois d’hôpital. Pourtant, rien n’éteignit ce feu intérieur.

À 17 ans, l’oncle céda, exigeant au moins un diplôme. Doudou obtint le certificat d’études, puis sortit plombier qualifié de l’École professionnelle Pinet-Laprade, métier qu’il exerça 45 ans. Comme si, parallèlement à la musique, il lui fallait un lien avec la rigueur concrète des tuyaux.

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Son parcours artistique s’enclencha en 1959, lorsqu’il devint batteur de la Troupe nationale du Mali, participant la même année au Théâtre des Nations, à Paris. En 1960, il fut recruté comme professeur de tam-tam à la Maison des Arts, future École des Arts de Dakar. Il y apprit le solfège et codifia son savoir.

Il fréquenta le Ballet national, l’Ensemble lyrique, la Troupe dramatique nationale et toutes les grandes scènes de Dakar. Mais son destin s’illumina aussi d’une rencontre : Joséphine Baker, en visite en 1959, le repéra immédiatement et prophétisa : « Si vous aidez cet homme, il deviendra un grand batteur. »

Obsédé par les rythmes, il dormait avec un walkman pour enregistrer ceux que la nuit lui soufflait. Il puisait son inspiration dans le vent, le linge battu ou le pilon d’un mortier. Il répertoria plus de 500 rythmes traditionnels pour les préserver, devenant à la fois protecteur et passeur.

En 1960, Léopold Sédar Senghor le nomma chef tambour-major du Théâtre national Daniel Sorano. Il devint le visage officiel du sabar, représentant le Sénégal dans le monde entier. Puis, dans les années 1980, il collabora avec Miles Davis, Peter Gabriel, The Rolling Stones ou encore Bill Laswell, séduisant l’Occident par la complexité de ses rythmes et la beauté de son « chaos maîtrisé ».

Tambour-major des majorettes de Kennedy

En 1975, il innova en dirigeant les majorettes du lycée John Fitzgerald Kennedy lors du défilé du 4 Avril. Inspiré des cortèges français, il adapta la discipline et l’élégance des majorettes à la culture sénégalaise en les enracinant dans le sabar. Jusqu’à sa dernière prestation, où il utilisa des tambours brésiliens, il incarna l’universalité de la percussion.

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Sa disparition en 2015 laissa un vide immense. L’année suivante, les majorettes défilèrent pour la première fois sans lui, pleurant la perte de leur « grand-père » musical.

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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