Dyslexie : Un défi éducatif et social sous-estimé au XXIe siècle

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Dyslexie : Un défi éducatif et social sous-estimé au XXIe siècle

Par Imam chroniqueur Babacar Diop

La dyslexie, trouble spécifique et durable de l’apprentissage de la lecture, touche des millions d’enfants à travers le monde. Si la recherche neurologique et pédagogique a progressé ces dernières années, ce trouble reste encore largement méconnu, sous-diagnostiqué et mal pris en charge, notamment dans les systèmes éducatifs africains.

Selon une étude de l’UNESCO (2023) sur les troubles de l’apprentissage dans les pays en développement, moins de 5 % des cas de dyslexie sont détectés dans les écoles publiques d’Afrique de l’Ouest, contre 60 à 80 % en Europe. Ce déficit de diagnostic conduit à de graves confusions entre difficulté scolaire et trouble cognitif.

Une origine cérébrale reconnue

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Les chercheurs sont désormais unanimes sur l’origine neurodéveloppementale de la dyslexie. Ce n’est ni un déficit d’intelligence ni une paresse, mais un fonctionnement particulier du cerveau.

Le neuroscientifique Stanislas Dehaene, dans son ouvrage Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines (Odile Jacob, 2018, p. 193), affirme que « chez l’enfant dyslexique, la cartographie cérébrale montre une sous-activation de l’aire de la forme visuelle des mots, située dans le gyrus fusiforme gauche ». Autrement dit, le cerveau ne parvient pas à automatiser la reconnaissance rapide des lettres et sons.

Plus récemment, une étude publiée dans Nature Neuroscience en février 2024 (Becker et al., « Neural signatures of dyslexia in multilingual children ») a mis en évidence des anomalies similaires chez les enfants plurilingues, confirmant que la dyslexie transcende les langues et les cultures.

Des signes précoces à repérer dès la maternelle

Les premiers symptômes apparaissent souvent tôt : difficulté à identifier les sons, à distinguer des lettres proches, lenteur dans l’apprentissage des rimes et des correspondances grapho-phonémiques.

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Pour Françoise Estienne, orthophoniste belge, « chaque mois de retard dans le repérage augmente les risques d’échec scolaire ultérieur » (La dyslexie expliquée aux parents, Mardaga, 2016, p. 46).

Or, selon une enquête du ministère sénégalais de l’Éducation (2022), seulement 3 % des enseignants de la petite enfance sont formés à repérer les troubles spécifiques d’apprentissage, y compris la dyslexie.

L’inaction institutionnelle en Afrique : un risque de décrochage massif

Dans de nombreux pays africains, le silence autour de la dyslexie provoque un effet domino dévastateur : exclusion scolaire, stigmatisation sociale, échecs répétés, souffrance psychique.

La psychopédagogue ivoirienne Dr Dédéh Amon-Tanoh estime que « l’école ouest-africaine n’est pas encore préparée à accueillir la neurodiversité des élèves. Tout est conçu pour l’enfant standard, au risque d’écraser les profils atypiques » (Forum Africain de l’Éducation Inclusive, Abidjan, 2023).

Des solutions existent : pédagogie différenciée et outils numériques

Les spécialistes insistent sur l’importance d’une pédagogie adaptée : lecture syllabique, recours aux outils audio-visuels, ordinateurs à synthèse vocale, aménagements d’évaluation.

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Selon Michel Fayol, professeur émérite de psychologie cognitive, « la réussite de l’enfant dyslexique dépend de la vitesse à laquelle son environnement éducatif s’adapte » (Psychologie cognitive de la lecture, PUF, 2021, p. 158).

L’usage des nouvelles technologies ouvre également des perspectives encourageantes. Des logiciels comme GraphoGame ou Antidote permettent de soutenir les élèves dyslexiques dans la lecture et l’écriture. Dans un rapport de l’ONG Humanity & Inclusion (2023), des expérimentations au Togo et au Burkina Faso montrent que l’intégration de ces outils numériques a permis une amélioration de 38 % de la fluidité en lecture chez les enfants identifiés comme dyslexiques.

Des figures inspirantes et des parcours de résilience

Malgré les obstacles, des personnes dyslexiques ont su transformer leur différence en force. Tom Cruise, Agatha Christie, Pablo Picasso, Steve Jobs… tous ont vécu avec la dyslexie. Plus près de nous, l’activiste nigérienne Roukayatou Idrissa, diagnostiquée à 14 ans, milite aujourd’hui pour l’introduction du dépistage systématique dans les écoles rurales.

Elle témoigne dans La parole entravée : écrire et lire autrement (Éditions Nkaari, 2024, p. 90) : « La dyslexie ne m’a pas rendue moins intelligente. Elle m’a juste obligée à penser autrement. »

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Conclusion : pour une école inclusive et équitable

À l’heure où l’éducation inclusive devient un mot d’ordre mondial, la reconnaissance institutionnelle de la dyslexie est urgente. Elle suppose des efforts de formation des enseignants, la mise en place de dispositifs de dépistage précoce, l’élaboration de matériel pédagogique différencié, et surtout, un changement de regard sur les enfants « différents ».

Comme le résume le linguiste Alain Bentolila, spécialiste de la lecture :

« L’école ne doit pas être une course de vitesse où seuls les plus agiles arrivent au bout. Elle doit être un chemin sur lequel chacun peut avancer, à son rythme, mais sans être laissé sur le bas-côté » (Les mots de la réussite, Odile Jacob, 2020, p. 73).

imam chroniqueur Babacar Diop
babacar19diop76@gmail.com

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