Enseignants du privé : entre sacrifice et précarité
Votre Pub ici !

Au Sénégal, comme dans de nombreux pays africains, le métier d’enseignant du privé oscille entre passion pour l’éducation et difficultés économiques persistantes. Ces enseignants, souvent invisibles dans le débat public, jouent pourtant un rôle fondamental dans la formation des générations futures.
Le choix du privé : une vocation malgré tout
Pour beaucoup, enseigner dans le privé est avant tout une vocation. « J’ai toujours voulu transmettre le savoir et accompagner les élèves vers la réussite », confie Awa, enseignante en mathématiques dans un établissement de Dakar. Cette passion se heurte toutefois à une réalité implacable : des salaires souvent insuffisants, des contrats précaires, et des conditions de travail difficiles.
À lire aussi : Trafic de migrants : sept candidats refoulés depuis le Cap-Vert, un faussaire présumé arrêté à Dakar
Selon le sociologue Mamadou Diop (2020, Éducation et travail au Sénégal, p. 112), « le choix de travailler dans le secteur privé est fréquemment motivé par l’urgence de trouver un emploi, mais il s’accompagne de formes multiples de précarité, notamment contractuelles et financières. »
Comme le souligne l’Imam et chroniqueur Babacar Diop :
« Enseigner dans le privé, c’est offrir son cœur avant tout. L’enseignant se donne sans compter, mais trop souvent, il reçoit moins qu’un simple salaire digne. C’est un sacrifice qui mérite reconnaissance et respect. »
Des salaires insuffisants et irréguliers
Contrairement à leurs homologues du public, les enseignants du privé ne bénéficient ni de la stabilité de l’emploi ni des avantages sociaux. Les salaires varient grandement d’un établissement à un autre, souvent en fonction de la capacité financière des parents d’élèves. Dans certains cas, un enseignant peut percevoir moins de 100 000 F CFA par mois pour un travail à temps plein, avec des heures supplémentaires non rémunérées.
Cheikh Mbacké, spécialiste en économie de l’éducation (2021, Économie de l’éducation en Afrique de l’Ouest, p. 78), explique que « cette situation pousse de nombreux enseignants à cumuler plusieurs emplois ou à enseigner dans plusieurs établissements simultanément, au détriment de leur qualité de vie et parfois de l’efficacité pédagogique. »
Babacar Diop ajoute :
« Le vrai danger, ce n’est pas seulement le manque d’argent, c’est le découragement de l’âme. Quand un enseignant voit ses efforts ignorés, la société perd plus qu’un salaire : elle perd un guide pour nos enfants. »
Une passion qui demande des sacrifices
Malgré la précarité, beaucoup d’enseignants du privé continuent de s’investir pleinement pour leurs élèves. Ils consacrent du temps supplémentaire à la préparation des cours, au soutien individuel et à l’accompagnement moral des élèves. Cette implication représente un véritable sacrifice personnel. « Les journées sont longues, mais voir mes élèves réussir est ma plus grande récompense », confie Mamadou, professeur de français à Thiès.
La psychologue sociale Aissatou Fall (2019, Travail et motivation chez les enseignants, p. 45) souligne que « l’engagement des enseignants du privé repose souvent sur une motivation intrinsèque forte, mais cette dernière peut être fragilisée par la précarité matérielle et l’absence de reconnaissance institutionnelle. »
Et Babacar Diop de conclure :
« Enseigner, c’est semer une lumière dans l’obscurité. Les enseignants du privé sont des porteurs de cette lumière, souvent dans l’ombre de la société. Nous devons leur rendre hommage et garantir leur dignité. »
Vers une meilleure reconnaissance
À lire aussi : Escroquerie spirituelle : un marabout de Louga placé sous mandat de dépôt pour avoir soutiré 400 millions F CFA à un immigré
Les syndicats d’enseignants du privé réclament depuis des années une meilleure réglementation, des salaires décents et des avantages sociaux similaires à ceux du secteur public. L’État, pour sa part, encourage la création d’écoles privées pour absorber la demande croissante d’éducation, mais n’a pas encore mis en place un cadre strict pour protéger les enseignants de ces établissements.
Pour le chercheur en politique éducative Ousmane Sarr (2022, Politiques éducatives et inégalités, p. 134), « sans reconnaissance et soutien financier, le secteur privé risque de devenir un espace d’exploitation plutôt que de formation. La qualité de l’enseignement en dépend directement. »
Conclusion
Être enseignant du privé au Sénégal, c’est conjuguer passion et précarité. Ces hommes et ces femmes sacrifient souvent leur bien-être pour offrir à leurs élèves les clés de la réussite. Comme le dit Babacar Diop :
« Si la vocation reste intacte, la société doit s’assurer que le sacrifice ne rime pas avec exploitation. Chaque enseignant mérite salaire, respect et reconnaissance. »
Imam chroniqueur
Babacar Diop













