Enseigner autrement : tirer tous les élèves vers le haut
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Par imam chroniqueur Babacar Diop
Le système éducatif sénégalais fait face à de nombreux défis, mais l’un des plus criants demeure la pédagogie, c’est-à-dire la manière dont l’enseignement est dispensé et, malheureusement, souvent discriminatoire.
« L’école n’a pas vocation à discriminer. Le handicap de l’élève peut être social et non médical, surtout lorsqu’il provient d’un milieu défavorisé », rappelle Jean-Pierre, enseignant français avec 44 ans d’expérience. Dans une vidéo publiée sur Facebook, il insiste : « Tout enfant a un potentiel extraordinaire, à condition qu’on parvienne à l’aider à le mettre en exergue et à progresser. Mais dans la plupart des cas, les pratiques sont restées les mêmes. On continue à évaluer uniquement par la notation et à séparer les bons élèves des autres. »
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Jean-Pierre interroge la subjectivité de l’évaluation : « L’évaluation elle-même est-elle objective si celui qui évalue est lui-même imparfait ? » Selon lui, la clé réside dans une pédagogie active, où l’élève devient acteur de son apprentissage à travers la coopération, le tutorat et l’entraide : « Personne n’est laissé sur le carreau, quelles que soient les difficultés », affirme-t-il.
Cette approche éducative est définie comme « une méthode engageante et immersive où l’élève expérimente, collabore et échange avec ses pairs » (cf. BeseDeez). Elle transforme l’enseignant en guide plutôt qu’en simple transmetteur de connaissances.
Le modèle finlandais, une inspiration
Selon le coach parental Sam Dit Bien, auteur de Ton enfant est hyperactif… ou pas, la Finlande applique un modèle basé sur les huit intelligences de Gardner : langage, logico-mathématiques, spatial, musical, kinesthésique, interpersonnel, intrapersonnel et naturaliste. Chaque exercice en classe correspond à une intelligence spécifique, permettant à chaque élève de progresser selon ses aptitudes.
« Dans ce système, il n’existe pas d’enfant « meilleur » qu’un autre. Lorsque des difficultés apparaissent dans toutes les intelligences, un trouble peut être détecté et pris en charge. C’est ce suivi individualisé qui garantit un apprentissage de qualité », souligne Sam Dit Bien.
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À l’inverse, le système français, et par extension sénégalais, valorise surtout deux intelligences : le langage et le logico-mathématique. Les élèves moins performants dans ces domaines sont souvent étiquetés comme « mauvais » ou en difficulté.
Le Dr Oumar Dioum, grand mathématicien et pédagogue, invite pour sa part à s’inspirer du modèle anglo-saxon : « Un système normal doit viser la réussite d’au moins 95 % des élèves. La vraie pédagogie consiste à tirer les moyens vers le haut, pas seulement à encenser les meilleurs », explique-t-il.
Le professeur Amadou Diaw, spécialiste en sciences de l’éducation, rappelle également : « Une pédagogie centrée sur l’élève, adaptée à ses talents et à ses rythmes, permet non seulement d’améliorer les performances scolaires mais aussi de développer la confiance et la motivation des enfants » (Éducation et réussite au Sénégal, 2022, p. 114).
Une réalité alarmante au Sénégal
Selon l’UNICEF, bien que l’accès à l’éducation de base ait considérablement progressé au Sénégal au cours des 20 dernières années, 4 enfants sur 10 n’achèvent pas l’enseignement primaire et seulement 37 % terminent un cycle complet (UNICEF, Apprentissage du jeune enfant et éducation de base de qualité, 2021).
Cette situation, combinée à des pratiques pédagogiques figées, exige une réflexion profonde sur la formation des enseignants et l’adaptation des méthodes aux besoins des enfants. Comme je le dis souvent dans mes chroniques :
« Éduquer, ce n’est pas plier l’enfant au monde des adultes, mais lui offrir les clés pour comprendre et transformer ce monde. Chaque enfant a sa lumière, il suffit de l’aider à briller. » – imam chroniqueur Babacar Diop
« Si l’on continue à juger l’enfant sur deux seules compétences, nous risquons de passer à côté de ses véritables talents. L’éducation doit être un chemin de découverte, pas un concours de sélection. » – imam chroniqueur Babacar Diop
L’expérience finlandaise montre que placer l’élève au centre, reconnaître ses multiples intelligences et valoriser ses compétences uniques pourrait révolutionner l’éducation sénégalaise. Comme le souligne le pédagogue canadien François Tardif :
« La pédagogie différenciée est la clé pour réduire l’échec scolaire et donner à chaque élève sa chance de réussir » (Pédagogie et différenciation, 2020, p. 89).
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Il est temps que nos écoles, nos enseignants et nos décideurs prennent ce chemin. L’éducation ne doit pas être une sélection, mais un accompagnement vers l’excellence pour tous.
imam chroniqueur
Babacar Diop













