Enterrement d’État imposé : quand la justice sud-africaine tranche sur le sort posthume d’Edgar Lungu

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Enterrement d'État imposé : quand la justice sud-africaine tranche sur le sort posthume d'Edgar Lungu

Le 8 août 2025, la Haute Cour de Pretoria a ordonné le rapatriement immédiat du corps de l’ancien président zambien Edgar Lungu vers son pays natal, la Zambie, en vue d’un enterrement d’État. Une décision de justice lourde de symboles, qui ravive les plaies d’une nation encore divisée, et qui met en lumière la persistance des tensions entre la famille de l’ex-chef d’État et l’actuel président, Hakainde Hichilema.

Edgar Lungu, décédé fin juin à Johannesburg, où il s’était retiré pour raisons de santé, devait être enterré en Afrique du Sud selon les vœux de ses proches. Ces derniers ont exprimé leur refus d’un rapatriement vers Lusaka, affirmant qu’ils redoutaient une instrumentalisation politique de la cérémonie funéraire par le président Hichilema, avec qui Lungu entretenait une relation notoirement conflictuelle.

Mais la justice sud-africaine en a décidé autrement. « Il ne s’agit pas simplement d’un individu, mais d’un ancien chef d’État. La dimension nationale prime sur le choix privé », a déclaré le juge principal lors de l’audience. En suspendant une cérémonie déjà préparée à Johannesburg, puis en ordonnant un retour forcé du corps, Pretoria a envoyé un signal fort : l’Histoire ne se négocie pas sur le terrain de la rancœur.

Homme du parti Patriotic Front (PF), Edgar Lungu a dirigé la Zambie de 2015 à 2021. Son mandat fut marqué par une forte centralisation du pouvoir, des accusations de dérives autoritaires, mais aussi par une tentative affichée de maintenir une stabilité économique dans un contexte régional difficile.

Depuis sa défaite face à Hakainde Hichilema, Lungu vivait en retrait, mais demeurait un acteur influent de la vie politique zambienne. Son décès n’a donc pas seulement provoqué un choc familial : il a rouvert une fracture politique non résolue.

Le fait qu’un tribunal étranger, en l’occurrence sud-africain, statue sur le lieu d’inhumation d’un ancien président zambien, souligne les complexités de l’interdépendance politique et judiciaire en Afrique australe. Dans un continent où les États s’observent, se soutiennent ou s’affrontent, le droit transfrontalier devient un théâtre d’influences.

L’Afrique du Sud, souvent considérée comme « puissance régulatrice » dans la région, a ici affirmé son rôle : celui de garant des usages étatiques face aux conflits de personnes. Pour certains analystes, cette décision pourrait faire jurisprudence et redéfinir la place du privé dans les cérémonials publics africains.

Au-delà des tensions entre camps politiques, c’est la mémoire d’un peuple qui est en jeu. Edgar Lungu, qu’on l’ait admiré ou critiqué, appartient désormais à l’Histoire. En décidant d’un enterrement d’État sur le sol zambien, la justice sud-africaine a posé un principe : les figures politiques ne s’effacent pas selon les humeurs du pouvoir ou les douleurs de la famille. Elles doivent être assumées, confrontées, honorées dans leur complexité.

Ce rapatriement forcé pourrait, paradoxalement, ouvrir un espace de réconciliation nationale. Encore faut-il que les autorités zambiennes acceptent de faire de cette cérémonie autre chose qu’un moment de récupération.

Ce cas soulève une question essentielle pour les sociétés africaines en transition démocratique : que faire de nos anciens présidents, une fois le pouvoir quitté ? Comment célébrer, critiquer ou assumer leur héritage sans tomber dans l’effacement ou l’héroïsation artificielle ?

À travers le corps d’un homme, c’est tout le rapport entre mémoire, pouvoir et peuple qui se joue.

Article rédigé par Celine Dou

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