Et si l’Afrique osait la voie de la souveraineté ? L’Alliance des États du Sahel, un modèle pour le continent ou un pari risqué
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Et si l’Afrique tenait enfin son propre modèle d’union ?

Éditoriale de Celine Dou
Au cœur du Sahel, trois capitales Ouagadougou, Bamako, Niamey ont osé poser un acte que d’autres pensaient impensable : rompre avec des cadres hérités, bâtir une alliance nouvelle, parler d’égal à égal avec le monde. L’Alliance des États du Sahel (AES) n’est plus un slogan : elle est devenue une réalité politique, militaire, et désormais institutionnelle.
Créée par le Mali, le Niger et le Burkina Faso, l’AES se veut une réponse à la double fracture : l’insécurité intérieure et la dépendance extérieure. Ces pays, longtemps considérés comme des « maillons faibles », ont décidé de reprendre la main sur leur destin. Leurs dirigeants, Ibrahim Traoré, Assimi Goïta et Abdourahamane Tiani, sont parfois décriés pour leur origine militaire, mais ils incarnent un discours de souveraineté qui séduit bien au-delà de leurs frontières.
Un sondage récent, relayé dans plusieurs pays voisins Sénégal, Côte d’Ivoire, Tchad, Guinée révèle un fait troublant : la majorité des populations interrogées voient dans l’AES une voie de renaissance africaine. Pour beaucoup, c’est la revanche sur des décennies de domination politique, économique et militaire par l’Occident.
L’AES ne se contente pas de discours : elle a posé des actes tangibles.
- Force conjointe de 5 000 soldats : En janvier 2025, les trois pays ont annoncé la formation d’une force militaire commune de 5 000 hommes, équipée de moyens aériens et de renseignement, pour lutter contre les groupes armés non étatiques au Sahel central. Cette initiative marque une rupture avec les anciennes alliances militaires et reflète une volonté de prendre en main la sécurité régionale.
- Passeports biométriques communs : En janvier 2025, l’AES a introduit des passeports biométriques communs pour ses citoyens, facilitant la mobilité intra-régionale et symbolisant une intégration plus poussée entre les États membres.
- Politique culturelle commune : En février 2025, les ministres de l’AES ont signé une convention instaurant une politique culturelle commune, visant à renforcer les liens sociaux et culturels entre les peuples du Sahel.
- Drapeau commun : En février 2025, les États membres de l’AES ont dévoilé un drapeau commun, marquant visuellement leur unité et leur engagement envers la confédération.
Ces réalisations montrent que l’AES ne se limite pas à des déclarations : elle met en œuvre des projets concrets qui renforcent son intégration et sa souveraineté.
La question se pose désormais avec acuité : l’AES peut-elle être le premier jalon des États-Unis d’Afrique dont rêvaient Kwame Nkrumah, Cheikh Anta Diop et tant d’autres visionnaires ?
La réponse n’est pas simple. Oui, l’AES suscite un enthousiasme réel. Oui, elle trace un chemin inédit, là où d’autres institutions africaines peinent à convaincre. Mais non, l’union du continent ne se décrète pas du haut des palais présidentiels : elle se construit sur des bases solides économie partagée, institutions crédibles, respect des diversités.
La force de l’AES réside dans son ancrage populaire. Contrairement à certaines unions africaines jugées technocratiques, celle-ci est vécue comme une affirmation de dignité. Mais ses fragilités sont réelles :
- Économies encore très dépendantes de l’extérieur.
- Risque d’isolement diplomatique, face à la CEDEAO et à l’Union africaine.
- Gouvernance militaire, qui interroge sur la durée.
L’histoire rappelle que les rêves panafricanistes se sont souvent brisés sur le roc des réalités politiques et des égos nationaux.
Beaucoup d’Africains se demandent aujourd’hui : faut-il suivre la voie tracée par le Burkina Faso et ses alliés ?
La réponse mérite nuance. Oui, il est avantageux d’oser rompre avec les tutelles qui étouffent. Oui, il est vital d’oser inventer un chemin africain vers la souveraineté. Mais l’union ne peut être viable que si elle conjugue liberté politique et justice sociale, indépendance économique et démocratie vivante.
L’AES est un signal. Elle prouve que l’Afrique n’est pas condamnée à subir : elle peut créer. Mais la flamme qui brûle aujourd’hui au Sahel doit s’élargir, s’approfondir et s’institutionnaliser, sans quoi elle s’éteindra comme d’autres avant elle.
L’histoire retiendra peut-être que c’est de Ouagadougou, Niamey et Bamako qu’est partie une étincelle. Reste à savoir si cette étincelle embrasera le continent pour de bon, ou si elle sera étouffée par les vents contraires.
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