Fatoumata Ka : la pionnière qui a ouvert la voie au leadership politique féminin au Sénégal
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Dans l’histoire politique du Sénégal, certains noms s’imposent comme des repères incontournables. Celui de Fatoumata Ka fait partie de ces figures pionnières. Native de Diourbel, institutrice de profession et militante de la première heure, elle a marqué durablement la mémoire collective en devenant la première femme élue maire d’une commune au Sénégal, tout en occupant des postes de premier plan sur la scène nationale.
Une militante engagée au service de son pays
Dès 1960, à seulement 22 ans, Fatoumata Ka s’engage en politique au sein du Mouvement des jeunes féministes de l’Union progressiste sénégalaise (UPS). Elle y gravit rapidement les échelons avant de rejoindre, à la création du Parti socialiste (PS), le mouvement communal des femmes de Diourbel, dont elle devint présidente. Son engagement lui permet d’intégrer le comité central du parti et de se rapprocher des grandes figures de l’État : Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf ou encore Moustapha Niasse.
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Un parcours politique jalonné de premières
Élue députée en 1983 puis réélue en 1988, Fatoumata Ka accède en 1984 à la vice-présidence de l’Assemblée nationale, une première pour une femme à ce niveau de responsabilité. Mais c’est surtout son élection à la tête de la mairie de Diourbel, à l’unanimité des 37 conseillers municipaux, qui marque un tournant dans l’histoire politique nationale. Elle devient ainsi la première femme sénégalaise à diriger une commune, dans un contexte où la parité et la représentation féminine n’étaient encore que des combats à mener.
À l’issue de son élection, elle affirmait avec lucidité : « Le choix d’une femme à la tête d’une ville comme Diourbel constitue à mes yeux un test qui doit être possible. »
Leadership, humilité et limites structurelles
Fatoumata Ka dirigea la municipalité de Diourbel entre 1984 et 1990, mais son action fut freinée par la réforme de 1970 qui instaurait un bicéphalisme au niveau des mairies : un administrateur civil nommé par l’État gérait le budget et le personnel, tandis que le maire élu présidait les délibérations. Une situation que soulignera plus tard Samba Awa Ndiaye, président du Réseau des communicateurs traditionnels de Diourbel, pour rappeler les contraintes auxquelles elle était confrontée.
Malgré ces limites, Fatoumata Ka reste dans les mémoires comme une dirigeante généreuse, humble et discrète, qui n’hésitait pas à déléguer et à associer ses collaborateurs. Elle s’investissait également dans le social, notamment à travers le financement de groupements de femmes pour les aider à développer leurs activités.
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Un héritage vivant
Décédée le 8 août 1992, en plein mandat parlementaire, Fatoumata Ka a laissé derrière elle une empreinte indélébile. Ses pairs et successeurs l’ont honorée : une salle du conseil municipal de Diourbel porte son nom, et une école maternelle publique a été placée sous son parrainage.
Son parcours continue d’inspirer les générations futures. Comme le rappelle Fatou Seck, ancienne adjointe au maire : « Elle a été à l’origine de mon engagement au Parti socialiste. Elle était animée par le désir de rendre les femmes autonomes, en insistant sur le développement et le social. »
Première femme maire, première vice-présidente de l’Assemblée nationale, mais aussi éducatrice et actrice du développement local, Fatoumata Ka demeure une pionnière du leadership féminin au Sénégal. Son héritage résonne encore aujourd’hui dans les luttes pour l’égalité et la représentativité politique des femmes.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













