Ferlo sous emprise : « Boul Faalé », le parfum qui enivre et détruit
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Dans le Ferlo, l’alcool se faufile sous forme de parfum. À défaut de bars ou de commerces de boissons alcoolisées, certains habitants du département de Linguère ont trouvé une alternative aussi surprenante que dangereuse : consommer des parfums à forte teneur en alcool, surnommés localement « Boul Faalé ». Le phénomène, discret mais destructeur, gagne du terrain et inquiète les autorités et la société civile.
À Barkédji comme dans d’autres localités du Djolof, ces parfums enivrants – parfois issus de marques telles que Target, Dior Homme ou Eau de roche – sont détournés de leur usage initial pour être bus clandestinement. Le terme « Boul Faalé », signifiant littéralement « ne t’en fais pas » ou « chacun pour soi », reflète bien l’attitude désinvolte de certains jeunes face aux dangers de cette pratique.
Un cocktail toxique à fort potentiel destructeur
Derrière cette appellation anodine se cache en réalité une forme d’alcoolisme marginal, qui expose les consommateurs à de graves troubles de santé. Les parfums contiennent souvent du méthanol, du benzène ou du formaldéhyde – des substances hautement toxiques pouvant entraîner des lésions cérébrales, des troubles respiratoires, voire la mort. « Le parfum me soulage plus que le vin », confesse A. Sow, un habitué, tout en reconnaissant les dérives violentes qui en découlent dans son entourage.
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Ivresse, agressions et drames sociaux
Les conséquences sociales sont tout aussi préoccupantes. Dans la région, de nombreuses rixes, agressions et accidents violents sont liés à la consommation de ces produits. Un habitant raconte avoir été emprisonné deux ans après avoir blessé un ami sous l’emprise de ces substances. Le cas le plus récent : un enseignant agressé près de Barkédji a perdu un œil, victime présumée d’adeptes de Boul Faalé en état d’ébriété avancée.
Mariama Bâ, commerçante au marché de Barkédji, déplore la situation : « Ce parfum à fort taux d’alcool détruit nos jeunes. Ils pensent échapper à la souffrance, mais ils s’y enfoncent davantage. »
Un défi sécuritaire et sanitaire
Face à l’ampleur du phénomène, la gendarmerie intensifie les contrôles dans les foires hebdomadaires et autres rassemblements publics. L’alcool y est interdit, mais les consommateurs de Boul Faalé agissent dans l’ombre, échappant souvent aux filets de la loi. Plusieurs interpellations ont toutefois permis de mettre à jour cette consommation alternative, révélant un problème de santé publique autant que de sécurité.
Un appel pressant à la responsabilité
Alors que le phénomène s’étend, les voix se multiplient pour demander des actions fermes. Médecins, élus locaux et responsables religieux s’accordent à dire qu’il faut, en urgence, sensibiliser la population sur les effets dévastateurs de ces produits. D’autant plus que certains jeunes considèrent ce parfum comme un aphrodisiaque ou un moyen de gestion du stress, renforçant ainsi son attractivité.
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Les autorités locales sont désormais interpellées : il en va de la santé, de la paix publique et de l’avenir d’une jeunesse en proie à une illusion toxique. À défaut de prendre au sérieux Boul Faalé, c’est toute une région qui risque de sombrer dans un désordre aux relents chimiques.
imam chroniqueur Babacar Diop
babacar19diop76@gmail.com













