Fès, cœur battant de la Tidjaniyya : entre ferveur vivante et héritage spirituel
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À l’ombre des ruelles séculaires de la médina de Fès, à quelques pas du tumulte marchand, se dresse un sanctuaire où le temps semble suspendu. La zaouia de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif, fondée à la fin du XVIIIᵉ siècle, demeure l’un des hauts lieux de la spiritualité musulmane en Afrique et dans le monde. Plus qu’un édifice religieux, elle est un espace de transmission, de mémoire et de reliance spirituelle, où convergent chaque jour des fidèles venus du Maroc, du Sénégal, du Niger, du Nigeria, du Mali ou encore de la diaspora européenne.
Dès que l’on franchit son seuil discret, le vacarme de la médina s’éteint. Les voix se font murmures, les pas ralentissent, les cœurs s’orientent. Comme l’écrivait Cheikh Ahmed Tidiane lui-même :
« Celui qui entre dans cette voie avec sincérité ne sera pas privé de la proximité divine »
(Jawâhir al-Ma‘ânî, vol. I).
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Un sanctuaire fondé sur la présence spirituelle
La zaouia de Fès n’est pas seulement un lieu historique ; elle est le berceau vivant de la Tariqa Tidjaniyya, fondée par Cheikh Ahmed Tidiane (1737–1815), reconnu par ses disciples comme Khatm al-Wilâya al-Muhammadiyya (le Sceau de la sainteté muhammadienne). Selon la tradition tidjane, c’est à Fès que le Cheikh reçut l’autorisation spirituelle directe du Prophète Muhammad (PSL) d’enseigner sa voie.
À ce propos, El Hadj Malick Sy (rta) rappelait :
« La Tidjaniyya n’est ni une innovation ni une rupture : elle est un retour à l’essentiel de la Sunna par la purification du cœur »
(Kifâyat ar-Râghibîn, p. 42).
Rituels, recueillement et transmission
À l’heure de la prière d’Asr, les fidèles affluent. Après les ablutions, chacun attend la wasîfa, ce dhikr collectif propre à la confrérie, récité avec ferveur et humilité. Les voix s’élèvent, unies dans l’invocation, tandis que les regards se tournent vers le mausolée où repose le fondateur de la voie.
Les gestes sont mesurés, empreints de respect. Beaucoup avancent vers la tombe avec retenue, conscients de la grandeur spirituelle du lieu. Cheikh Ibrahim Niass (rta) soulignait à ce propos :
« La véritable ziyâra n’est pas celle des pas, mais celle du cœur tourné vers Dieu »
(Ar-Rihla al-Hijâziyya, p. 88).
Après la wasîfa, les fidèles se rendent auprès de Chérif Hamza, petit-fils de Cheikh Ahmed Tidiane, qui accueille chacun avec bienveillance, prenant les mains, formulant des prières et des bénédictions. Un geste simple, mais chargé de symbolique : la continuité de la chaîne spirituelle (silsila).
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Fès, berceau et point de convergence
Parmi les visiteurs, Fatao, venu du Niger, découvre pour la première fois ce lieu qu’il considère comme l’origine même de son chemin spirituel.
« Venir ici, c’est revenir à la source. La foi se renforce quand on sait d’où l’on vient », confie-t-il, ému.
Un peu plus loin, Aboubacar, Malien, profite de son séjour au Maroc à l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations pour accomplir un rêve longtemps nourri.
« Je ne pouvais pas venir au Maroc sans passer par Fès. Et la réalité dépasse tout ce que j’avais imaginé », dit-il, le regard illuminé.
La foi, ici, se vit de manière singulière et intime. Comme le rappelait Cheikh Ahmed Tidiane :
« Les voies vers Dieu sont multiples, mais la sincérité en est la clef »
(Jawâhir al-Ma‘ânî, vol. II).
Une présence tidjane mondiale
En quittant la zaouia, deux Sénégalais installés à Nantes évoquent leur engagement au sein d’une dahira tidjane affiliée à la fédération Ouest en France. Réunions hebdomadaires, hadrat al-jum‘a, Gamou annuel : la Tidjaniyya se vit aussi en diaspora, fidèle à son esprit de fraternité.
L’un d’eux cite Mame Abdou Aziz Sy Dabakh (rta) :
« Être tidjane, ce n’est pas seulement réciter des litanies, c’est incarner l’éthique du Cheikh dans sa vie quotidienne »
(propos rapportés dans Waxtaanu Dîn, archives familiales).
Quand le silence parle encore
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Lorsque le visiteur tourne le dos à la zaouia, le tumulte de la médina reprend. Mais quelque chose demeure : une paix intérieure, une trace invisible. À Fès, la spiritualité ne s’impose pas, elle se transmet. Elle ne se crie pas, elle s’enracine.
Comme l’enseignait El Hadj Malick Sy :
« La voie tidjane est une école de constance : elle accompagne le disciple bien après la ziyâra »
(Ifhâm al-Munkir, p. 117).
À Fès, le spirituel continue ainsi de guider les pas, envers et contre le temps, rappelant que la foi véritable est un héritage vivant, porté de cœur en cœur, de génération en génération.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













