Formation continue des enseignants : Cheikh Sidou Sylla appelle à une refonte en profondeur du système éducatif

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Formation continue des enseignants : Cheikh Sidou Sylla appelle à une refonte en profondeur du système éducatif

À l’heure où les systèmes éducatifs africains sont pris en étau entre les exigences de la qualité et les impératifs de l’équité, un nouvel ouvrage du chercheur sénégalais Cheikh Sidou Sylla vient relancer le débat. Dans Éducation en mutation : L’impératif d’une formation continue efficace (Aïda Éditions, 2025), l’auteur met en lumière un enjeu longtemps relégué au second plan : la formation continue des enseignants, pivot essentiel de toute réforme crédible.

Former mieux, pas seulement former plus

« Former plus ne suffit plus, il faut mieux former », martèle Dr Sylla dès les premières pages de son ouvrage. Selon lui, l’urgence de massifier la scolarisation, au Sénégal comme dans plusieurs pays du Sud, a entraîné le recrutement accéléré d’enseignants insuffisamment préparés. Résultat : des classes surchargées, des maîtres débordés, et un système qui peine à offrir l’égalité des chances.

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Cette analyse rejoint celle du spécialiste de l’éducation Philippe Perrenoud, pour qui « la formation continue n’a de sens que si elle transforme réellement les pratiques » (Construire des compétences professionnelles, ESF, 1999, p. 47). Or, souligne Sylla, les dispositifs actuels restent « souvent trop théoriques, déconnectés des réalités pédagogiques quotidiennes ».

Un système qui demande beaucoup, mais prépare peu

« On ne peut pas exiger des enseignants des performances que le système ne les a jamais préparés à délivrer », écrit Dr Sylla.
Une réflexion qui fait écho aux conclusions de Linda Darling-Hammond, figure mondiale des politiques éducatives, selon laquelle « la qualité d’un système éducatif dépend directement de la qualité de la formation offerte à ses enseignants » (The Flat World and Education, Teachers College Press, 2010, p. 112).

À travers une enquête de terrain, Sylla documente :

des séminaires trop académiques, loin des réalités de classe ;

des réformes descendantes, sans concertation avec les acteurs ;

des enseignants livrés à eux-mêmes, sans accompagnement structuré ;

des dispositifs d’autoformation sous-exploités ;

des inspecteurs débordés par l’administratif au détriment du suivi pédagogique.

« L’enseignant doit redevenir le centre de gravité de l’école »

Pour Sylla, l’école ne peut être réformée sans repenser profondément la place de l’enseignant. Il propose :

une formation continue ciblée sur les besoins réels du terrain ;

un renforcement de l’autoformation, du tutorat et des communautés professionnelles ;

la revalorisation du rôle pédagogique des directeurs et inspecteurs ;

l’alignement des contenus de formation sur les défis contemporains (numérique, inclusion, éducation aux valeurs, compétences du XXIᵉ siècle).

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Cette approche rejoint les recommandations de l’UNESCO, qui rappelle dans son rapport 2023 que « la formation continue doit être régulière, contextualisée et collaborative pour être efficace » (UNESCO Global Teacher Report, 2023, p. 78).

La voix de l’imam-chroniqueur Babacar Diop : “Une école sans maîtres formés est une maison sans fondations”

Dans une réflexion personnelle, l’imam-chroniqueur Babacar Diop souligne :

« L’enseignant est un jardinier d’âmes. Comment espérer une récolte abondante si l’on abandonne le jardinier sans outils, sans eau et sans compagnons de métier ? Une école sans maîtres formés est une maison sans fondations. »
— Imam Babacar Diop

Il ajoute :

« Nous parlons souvent d’excellence scolaire, rarement d’excellence enseignante. Or, la seconde est la mère de la première. »

Une pensée qui rejoint celle de Ken Robinson, pour qui « un système éducatif est aussi fort que la passion et la compétence de ceux qui le font vivre » (Creative Schools, Viking, 2015, p. 63).

Vers une “révolution silencieuse”

Plutôt qu’une réforme supplémentaire, Dr Sylla appelle à une “révolution silencieuse” : remettre l’enseignant au centre, non comme exécutant de directives, mais comme acteur, concepteur et chercheur de sa pratique.

Comme le rappelle l’expert en politiques éducatives Michael Fullan :
« Le changement durable vient toujours de l’intérieur, jamais de la simple imposition extérieure. » (The New Meaning of Educational Change, Teachers College Press, 2007, p. 89).


Conclusion

Avec cet ouvrage, Cheikh Sidou Sylla réinscrit la formation continue au cœur du débat éducatif. Son plaidoyer, soutenu par les analyses de nombreux spécialistes, sonne comme une alerte : aucune réforme ne sera crédible tant que la formation et l’accompagnement des enseignants resteront négligés.

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Et l’imam Babacar Diop de conclure :

« L’avenir de nos enfants ne se construira pas dans les déclarations ministérielles, mais dans la classe, chaque matin, entre un enseignant bien formé et un élève qui espère. »

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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