Frappes en Iran : le risque d’un effet boomerang stratégique redouté par Moscou et Pékin.
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L’offensive militaire conjointe menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran marque un tournant critique dans l’équilibre déjà fragile du Moyen-Orient. Alors que les opérations se poursuivent depuis le 28 février, deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies — la Russie et la Chine — ont officiellement dénoncé ces frappes, mettant en garde contre une conséquence paradoxale : une accélération possible de la prolifération nucléaire.
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Pékin : un moment diplomatique saboté
Selon des informations relayées par Al Jazeera, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a échangé par téléphone avec son homologue israélien Gideon Sa’ar.
La diplomatie chinoise affirme que ces frappes interviennent à un moment où des négociations indirectes entre Washington et Téhéran connaissaient des avancées notables, notamment sur les garanties sécuritaires régionales. Pékin estime que l’usage de la force compromet une dynamique diplomatique fragile.
La Chine a officiellement demandé :
l’arrêt immédiat des opérations militaires,
la protection des ressortissants et installations chinoises en Iran,
un retour à la voie du dialogue multilatéral.
Cette posture s’inscrit dans la ligne diplomatique chinoise constante en faveur du principe de non-ingérence et de stabilité énergétique, le Golfe représentant un espace stratégique majeur pour l’approvisionnement asiatique.
Moscou : le spectre d’un effet inverse
À Moscou, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a dénoncé ce qu’il qualifie d’« agression armée non provoquée ».
Selon la position officielle russe, aucune preuve formelle d’un programme nucléaire militaire iranien actif n’a été présentée publiquement. La Russie rappelle régulièrement les conclusions passées de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui surveille les installations iraniennes dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire.
La crainte exprimée par Moscou est stratégique :
Une pression militaire accrue pourrait renforcer en Iran les courants politiques favorables à l’acquisition effective de l’arme nucléaire comme garantie ultime de sécurité.
Cette analyse s’appuie sur un principe bien documenté en relations internationales : la théorie de la dissuasion. Des chercheurs comme Kenneth Waltz ont historiquement soutenu que la possession nucléaire est perçue par certains États comme un outil de stabilisation face aux menaces extérieures.
Dans ce contexte, la Russie redoute :
une radicalisation interne en Iran,
une relance assumée d’un programme militaire,
un effet domino régional.
Le risque d’une course à l’armement au Moyen-Orient
La diplomatie russe évoque également une possible réaction des États arabes du Golfe. Si l’Iran devait franchir un seuil nucléaire militaire, plusieurs pays pourraient envisager de renforcer drastiquement leurs capacités stratégiques.
Les récents développements montrent déjà une montée des tensions :
Interception de missiles au-dessus des Émirats arabes unis.
Multiplication des frappes de représailles.
Bilan humain élevé selon le Croissant-Rouge iranien.
Une telle escalade ferait peser un risque majeur sur :
la sécurité énergétique mondiale,
les routes maritimes du détroit d’Ormuz,
la stabilité financière internationale.
Une dynamique diplomatique en rupture
Les frappes interviennent dans un contexte post-accord nucléaire de 2015 (JCPOA), signé sous l’administration Obama puis fragilisé après le retrait américain en 2018 sous Donald Trump.
Depuis, les tentatives de restauration de l’accord sont restées inabouties, malgré des médiations européennes et régionales.
Les analystes soulignent qu’un conflit ouvert pourrait :
enterrer définitivement toute perspective de compromis,
redéfinir les alliances régionales,
rapprocher davantage Téhéran de Moscou et Pékin.
Une région au bord d’un basculement
Le Moyen-Orient connaît déjà :
la guerre à Gaza,
des tensions en mer Rouge,
des rivalités stratégiques croissantes entre grandes puissances.
L’ouverture d’un nouveau front direct entre Israël, les États-Unis et l’Iran pourrait transformer une crise contenue en confrontation élargie.
La question centrale demeure :
l’usage de la force peut-il empêcher la prolifération nucléaire — ou risque-t-il de la provoquer ?
C’est précisément ce paradoxe que la Russie met aujourd’hui en avant.
Par imam chroniqueur
Babacar Diop













