Gabon : Entre ralliements opportunistes et fragilité du pouvoir.

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La recomposition politique en cours au Gabon depuis la prise de pouvoir du général Brice Clotaire Oligui Nguema continue de susciter des lectures contrastées. Au-delà de l’enthousiasme officiel affiché par certains acteurs publics, une question fondamentale demeure : les soutiens actuels traduisent-ils une adhésion idéologique réelle ou un repositionnement stratégique dicté par l’intérêt ?

Le phénomène des ralliements : conviction ou calcul ?

Dans les périodes de transition politique, il est fréquent d’observer un réalignement massif des élites et des activistes. Le Gabon n’échappe pas à cette dynamique.

Une frange importante de ceux qui se réclamaient hier de la contestation contre le régime d’Ali Bongo Ondimba se retrouve aujourd’hui aux côtés du nouveau pouvoir.

Deux hypothèses s’affrontent :

Hypothèse de la conversion sincère : certains estiment que ces ralliements traduisent une volonté pragmatique d’accompagner la transition et d’éviter le chaos institutionnel.

Hypothèse de l’opportunisme politique : d’autres y voient un repositionnement dicté par la recherche de privilèges, d’accès aux ressources, ou d’une reconnaissance politique.

Dans les systèmes où l’État demeure la principale source de redistribution économique et symbolique, le pouvoir attire naturellement les allégeances. L’idéologie y devient secondaire ; la proximité avec le centre décisionnel prime.

La Ve République : symbole de renouveau ou instrument rhétorique ?

Le discours sur la Ve République est présenté comme un tournant historique : restauration de l’ordre, refondation institutionnelle, moralisation de la vie publique.

Mais une interrogation surgit : comment ceux qui dénonçaient hier les dérives d’un système peuvent-ils aujourd’hui incarner sans autocritique un nouveau modèle censé rompre avec ce passé ?

L’ironie politique réside dans cette capacité à se réinventer sans mémoire. La rhétorique du changement peut devenir un outil de légitimation plus qu’un véritable projet de transformation structurelle.

Dans de nombreuses transitions africaines, le vocabulaire du renouveau masque parfois la continuité des pratiques : centralisation du pouvoir, personnalisation du leadership, gestion verticale des oppositions.

La question de la légitimité

La stabilité d’un régime repose sur trois piliers :

La légalité institutionnelle
La légitimité populaire
La performance socio-économique

Si l’un de ces piliers vacille, la contestation trouve un espace.

La suspension des réseaux sociaux, lorsqu’elle intervient dans un contexte de tensions, alimente souvent le soupçon d’un pouvoir fragilisé. Dans l’imaginaire collectif, restreindre l’espace numérique équivaut à redouter la parole libre.

Or, dans les sociétés contemporaines, le numérique est devenu l’un des principaux baromètres de la confiance publique.

Répression et cycle contestataire

L’histoire politique montre qu’un pouvoir perçu comme illégitime ou vulnérable peut être tenté par un durcissement progressif :

encadrement renforcé des libertés
pression judiciaire sur les voix critiques
contrôle accru des espaces d’expression

Mais ce mécanisme comporte un paradoxe : plus la répression s’intensifie, plus elle nourrit la radicalisation des oppositions.

La légitimité durable ne se décrète pas. Elle se construit par la transparence, l’inclusion et la cohérence entre discours et actes.

Le silence stratégique des élites

Un autre phénomène mérite attention : le silence. Lorsque des soutiens s’abstiennent de critiquer certaines décisions controversées, cela peut traduire :

une loyauté stratégique
une peur de perdre des avantages
ou une absence réelle d’indépendance intellectuelle

Dans toute démocratie en construction, la capacité des alliés à formuler une critique interne est un indicateur de maturité politique.

Le Gabon traverse une phase charnière. Les ralliements massifs autour du président Oligui peuvent être interprétés soit comme une volonté d’unité nationale, soit comme une recomposition opportuniste typique des transitions de pouvoir.

La question centrale reste celle-ci : la transition débouchera-t-elle sur une refondation institutionnelle réelle ou sur une reconfiguration des élites autour d’un nouveau centre de gravité ?

L’avenir politique du Gabon dépendra moins des déclarations de fidélité que de la capacité du pouvoir à garantir les libertés fondamentales, organiser une transition crédible et inclusive et accepter la critique comme moteur de consolidation démocratique.

L’histoire montre que la légitimité authentique ne naît ni de l’adhésion forcée, ni du silence intéressé, mais de la confiance construite dans la durée.

Rédaction : Tossoukpe Frédéric Herman

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