Hommage à Sidy Lamine Niasse : La vérité comme héritage
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Sidy Lamine Niasse demeure l’une des figures les plus marquantes du paysage médiatique et intellectuel sénégalais. Fondateur de Walfadjri, héritier d’une tradition religieuse d’envergure, défenseur intransigeant de la liberté de conscience, il a inscrit son nom parmi les grandes voix africaines de la parole engagée.
Un héritier de Médina Baye formé à l’école de la vérité
Issu de la prestigieuse famille Niasse, Sidy Lamine grandit dans l’ombre lumineuse de Cheikh Ibrahim Niasse (1900–1975), dont les écrits ont profondément influencé sa vision de la justice et du courage.
Dans Rûh al-Adab (روح الأدب), ouvrage éducatif et moral très répandu dans la tradition niassène, Cheikh Ibrahim écrit :
« La vérité est une lumière que rien ne peut éteindre. »
(Rûh al-Adab, éd. Dar al-Kutub al-‘Ilmiyya, Beyrouth, 2012, p. 37)
Cette phrase résume la vie de Sidy Lamine : un homme qui parlait même lorsque le silence était plus confortable.
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Un journaliste façonné par l’exigence morale de l’Islam
Sidy Lamine aimait lui-même rappeler le hadith authentique rapporté par An-Nasa’i et Ahmad :
« Le meilleur jihad est une parole de vérité devant un dirigeant injuste. »
(Sunan An-Nasa’i, hadith n°4209)
Ce hadith n’était pas un slogan pour lui, mais un fil conducteur.
Il en fera l’un des piliers éthiques du Groupe Walfadjri.
On retrouve le même esprit dans le verset :
« Ô vous qui croyez ! Soyez fermes dans l’équité et soyez des témoins pour Allah, même contre vous-mêmes… »
(Sourate An-Nisa, 4:135)
Pour Sidy Lamine, ce verset n’était pas un simple rappel : c’était un mandat.
Walfadjri : un bastion de pluralisme et de résistance
Dans L’Afrique et ses médias (Karthala, 2003), le journaliste et chercheur Jean-François Havard cite Walfadjri comme l’un des médias pionniers du pluralisme démocratique au Sénégal, soulignant :
« La ligne éditoriale de Walfadjri a contribué à structurer une opinion publique exigeante et critique. »
(Havard, L’Afrique et ses médias, p. 189)
Sidy Lamine a fait de cette maison de presse un espace d’expression où les opposants, les oubliés, les intellectuels indépendants et les voix dissidentes trouvaient un accueil rare.
Un penseur engagé, souvent dérangeant, mais profondément cohérent
Le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, dans L’encre des savants (Présence Africaine, 2013), insiste sur l’importance des voix libres dans les sociétés africaines :
« La démocratie a besoin de ceux qui prennent la parole sans craindre de déranger. »
(Diagne, L’encre des savants, p. 72)
Sidy Lamine faisait partie de ces voix-là.
Il avait choisi l’honnêteté comme posture, la justice comme devoir, et l’indépendance comme ligne rouge.
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Un défenseur des peuples, une voix des opprimés
Il porta haut la cause palestinienne, citant souvent ce passage de Malcolm X, tiré de The Autobiography of Malcolm X (Ballantine Books, 1992) :
« Si vous n’êtes pas prêts à mourir pour elle, enlevez le mot liberté de votre vocabulaire. »
(p. 216)
Sa sensibilité aux luttes internationales témoignait d’une conscience universelle.
Un dernier héritage : une lumière à poursuivre
Dans son célèbre commentaire coranique Tafsir al-Fatiha, Cheikh Ibrahim Niasse écrit :
« Les hommes s’éteignent, mais leurs œuvres continuent leur voyage. »
(Éd. al-Maktabah al-Islamiyya, 1981, p. 12)
Ainsi en est-il de Sidy Lamine Niasse.
Son départ a laissé un vide immense, mais aussi une mémoire active :
– dans la liberté d’expression qu’il a consolidée,
– dans les journalistes qu’il a formés,
– dans le Sénégal qu’il a contribué à éveiller.
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Prière
Qu’Allah — Lui qui accueille les véridiques — l’enveloppe de Sa lumière,
qu’Il illumine sa tombe,
qu’Il le compte parmi les défenseurs de la justice et les gens de la vérité.
Amin.
Imam chroniqueur
Babacar Diop













