Idrissa Seck : le long silence d’un stratège blessé – Repli tactique, isolement politique ou renaissance différée ?

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Idrissa Seck : le long silence d’un stratège blessé – Repli tactique, isolement politique ou renaissance différée ?

I. Une absence qui devient un phénomène politique

Depuis la présidentielle du 24 mars 2024, Idrissa Seck n’a plus fait la moindre apparition médiatique. Silence, retrait, effacement — autant de qualificatifs utilisés par les observateurs pour décrire cette disparition.
Dans un paysage politique sénégalais en recomposition permanente, cette absence frappe les esprits.

Pour comprendre la portée symbolique de ce silence, il faut replacer Idrissa Seck dans son rôle historique : ancien dauphin du PDS, deux fois finaliste à une présidentielle (2007 et 2019), « bête politique » redoutée pour son verbe et sa capacité de repositionnement.

Dès lors, un mutisme aussi long ne peut être anodin.

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II. Le prix lourd de l’alliance avec Macky Sall

L’alliance de 2020 avec Macky Sall — intégrant Idrissa Seck au CESE — est considérée par plusieurs analystes comme l’élément déclencheur d’un lent isolement.

Le politologue sénégalais Moussa Diaw (UCAD) déclarait déjà, dans une interview à Seneweb en 2022 :

« En politique, les alliances contre-nature laissent toujours des cicatrices. Idrissa Seck a payé le prix d’un choix incompris par sa base. »
(Interview Seneweb, 12 février 2022)

L’expression résume parfaitement la fracture produite dans son électorat traditionnel. Ajoutons à cela la défection de figures proches comme Babacar Mar, parti rejoindre Déthié Fall.

Le concept de « choix incompris » renvoie à ce que le politologue français Frédéric Sawicki explique dans Les partis politiques :

« Un leader peut survivre à un échec électoral, mais rarement à un désalignement symbolique avec sa base militante. »
(Frédéric Sawicki, Les partis politiques, Presses de Sciences Po, 2011, p. 74)

Idrissa Seck a vécu exactement ce scénario : non pas un échec, mais une rupture symbolique irréversible.

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III. Le choc de 2024 : une défaite qui redessine les loyautés

Le score de 0,9 % obtenu en 2024 est plus qu’une défaite : c’est une perte de statut.

L’historien et politologue Momar Coumba Diop le rappelle dans Le Sénégal contemporain :

« Les trajectoires politiques sont rarement linéaires, mais certaines chutes sont des avertissements sur la recomposition des loyautés. »
(Momar Coumba Diop, Le Sénégal contemporain, Karthala, 2013, p. 212)

La chute d’Idy révèle surtout :

la montée fulgurante de Pastef

la fatigue des électeurs face aux alliances opaques

la perte d’influence des partis traditionnels

Le Sénégal a vécu l’un de ses plus grands renouvellements politiques depuis 2000.


IV. Un espace politique recomposé : Idy, victime ou témoin ?

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Les victoires de Bassirou Diomaye Faye et l’arrivée au pouvoir de Pastef ont redéfini l’échiquier.
Le sociologue Fabienne Samson analyse ce phénomène dans Militer au Sénégal :

« L’irruption d’un nouvel acteur politique ne s’ajoute pas au jeu, elle le reconfigure entièrement en modifiant les attentes, les loyautés et les modes de mobilisation. »
(Fabienne Samson, Militer au Sénégal, Karthala, 2017, p. 89)

Ainsi, le silence d’Idy doit se lire à la lumière de cette reconfiguration.
Pastef occupe tout l’espace : narratif, militant, symbolique.

L’électorat n’a plus le même référentiel.


V. Silence tactique, choc émotionnel ou sortie progressive ?

Plusieurs hypothèses coexistent :


  1. Le silence comme tactique stratégique

Le célèbre théoricien de stratégie Edward Luttwak écrit dans Strategy : The Logic of War and Peace :

« L’inactivité apparente peut constituer une stratégie active, si elle vise à redéfinir le sens de l’action future. »
(Edward N. Luttwak, Strategy, Harvard University Press, 2001, p. 61)

Idrissa Seck pourrait préparer un retour soigneusement orchestré.


  1. Le silence comme protection d’un capital symbolique

Le spécialiste de communication politique Dominique Wolton affirme :

« Le silence n’est pas l’absence de communication : c’est un message adressé à ceux qui savent l’interpréter. »
(Dominique Wolton, Informer n’est pas communiquer, CNRS Éditions, 2009, p. 147)

Idy pourrait préserver ce qu’il reste de son aura.

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  1. Le silence comme symptôme de désillusion

Le politologue El Hadji Hamidou Kassé soutenait en 2021, dans une émission sur TFM :

« La politique est aussi un espace de blessures, et certains leaders ont besoin de se reconstruire. »
(Émission TFM « Grand Jury », octobre 2021)

La défaite de 2024 — la plus lourde de sa carrière — peut expliquer ce retrait prolongé.


VI. Un avenir incertain mais pas fermé

Idrissa Seck a déjà prouvé qu’il sait rebondir. Son parcours atteste d’une résilience politique rare.
Cependant, de nombreux spécialistes considèrent que son retour dépendra :

d’un repositionnement idéologique clair

d’un renouveau de son équipe

d’une rupture nette avec les alliances passées

d’une parole politique renouvelée

Le politologue Patrick Chabal écrit dans Africa Works :

« Les systèmes politiques africains récompensent ceux qui savent se réinventer sans renier leur histoire. »
(Patrick Chabal & Jean-Pascal Daloz, Africa Works, James Currey, 1999, p. 145)

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Idrissa Seck devra justement se réinventer — ou accepter la fin d’un cycle.


Conclusion : un silence qui parle

Le silence d’Idrissa Seck n’est ni vide ni anodin.
Il est :

la conséquence d’alliances coûteuses

le symptôme d’une défaite historique

le reflet d’un système politique en mutation

peut-être la préparation d’un retour

Comme le disait le philosophe Sartre :

« Le silence est une façon de parler quand la parole serait moins efficace. »
(Jean-Paul Sartre, Situations I, Gallimard, 1947, p. 51)

Idrissa Seck a choisi de se taire — pour l’instant.
Reste à savoir si ce mutisme annonce la fin d’un destin politique… ou la préparation d’un nouveau chapitre

Imam chroniqueur
Babacar Diop

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