Interview « Cocody n’est pas un butin » : Vianney Koffi, l’indépendant qui veut “désarmer” la politique par les résultats
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Vianney Koffi : Parce que Cocody étouffe sous le poids des calculs d’appareils. Cocody n’est pas un butin de guerre que l’on se partage entre le RHDP et le PDCI pour satisfaire des ego ou des stratégies nationales.
Je suis candidat parce que nous sommes à un tournant critique. Nous sortons d’une année 2025 épuisante, marquée par des tensions politiques inutiles, et nous entrons dans une année 2026 où le budget de l’État va atteindre des sommets historiques : 17 350,2 milliards de FCFA prévus pour 2026.
Qui va contrôler cet argent?Des députés « béni-oui-oui » qui votent les yeux fermés?
Ou des experts techniques capables d’auditer une ligne budgétaire?
Mon profil d’ingénieur et de technicien n’est pas une anomalie en politique, c’est une nécessité absolue face à la complexité des dossiers actuels.
Journaliste: Parlons politique pure avant d’aborder vos projets. En octobre dernier, le PDCI a boycotté la présidentielle, qualifiant le processus de mascarade.Aujourd’hui, ils présentent des candidats face à vous pour les législatives.
Quel regard portez-vous sur ce revirement?
Vianney Koffi : C’est une incohérence politique majeure qui frise le cynisme. Rappelons les faits : en octobre 2025, le PDCI et une partie de l’opposition ont appelé au boycott actif, refusant de participer à l’élection présidentielle au motif que la Commission Électorale Indépendante (CEI) était illégitime et la liste électorale corrompue. Ils ont parlé de « simulacre ».
Deux mois plus tard, pour ce samedi 27 décembre 2025, les voilà qui sollicitent vos suffrages avec la même CEI, la même liste électorale et les mêmes conditions qu’ils jugeaient inacceptables il y a huit semaines.Quelle magie a opéré? Aucune.
Ce comportement désoriente les électeurs. On ne peut pas dire aux Ivoiriens « ne votez pas, c’est dangereux » en octobre, et leur dire « votez pour moi, c’est vital » en décembre simplement parce qu’il y a des postes de députés à pourvoir.En tant qu’indépendant, je n’ai pas cette « discipline de parti » qui oblige à se contredire. Ma seule boussole, c’est la réalité du terrain. Si le système doit être changé, c’est de l’intérieur, par la loi, pas par la politique de la chaise vide à géométrie variable.
Journaliste : Vous parlez de réalité du terrain. À Cocody, cette réalité, c’est aussi le béton qui tue et l’eau qui envahit les maisons. On a encore en mémoire les drames récents. Que proposez-vous concrètement? Vianney Koffi : Ce n’est pas une fatalité, c’est le résultat d’une corruption systémique et d’une anarchie urbaine. Les inondations à la Riviera Palmeraie ou à la Rue Ministre sont causées par l’imperméabilisation sauvage des sols.Des études montrent que près de 50% de notre territoire communal est désormais en zone à risque fort d’inondation. Pourquoi? Parce qu’on a construit sur les voies d’eau naturelles.
Et que dire des effondrements d’immeubles? À Angré, nous avons vu des bâtiments s’écrouler comme des châteaux de cartes, faisant des morts. La cause est connue : non-respect des normes, absence d’études de sol, et surtout, des permis de construire délivrés par complaisance ou corruption.
Mon engagement est ferme : je porterai une loi sur la Responsabilité Pénale Directe des acteurs de la construction. Si un immeuble s’effondre parce que les normes ont été violées, le promoteur, l’architecte, mais aussi l’agent de la mairie ou du ministère qui a signé le papier doivent aller en prison. Fini l’impunité. Je veux aussi lancer un audit parlementaire sur la gestion des bassins versants de Cocody. Journaliste : Le foncier est une autre bombe à retardement. On entend parler d’expropriations, de litiges interminables… Vianney Koffi :: C’est le « far west » administratif. Regardez ce qui se passe à Djorogobité ou Gobelet. Des citoyens qui ont payé leurs terrains, qui ont parfois des documents, se voient dépossédés du jour au lendemain par des machines, souvent au profit de promoteurs immobiliers puissants. L’Arrêté de Concession Définitive (ACD) est devenu une source d’insécurité juridique alors qu’il devrait être une garantie. En tant qu’ingénieur informaticien, je propose la numérisation intégrale et sécurisée du cadastre via la technologie Blockchain.Cela rendra impossible la double attribution ou la falsification des titres fonciers. Il faut « désarmer » la mafia foncière par la transparence technologique.
Journaliste : Sur le plan social, la Couverture Maladie Universelle (CMU) est présentée comme un succès par le gouvernement. Est-ce le cas dans les pharmacies de Cocody? Vianney Koffi : C’est un succès sur le papier, mais un parcours du combattant dans la réalité. Les chiffres officiels parlent de millions d’enrôlés et de milliers de structures partenaires. Mais allez dans une pharmacie avec votre carte CMU. Trop souvent, on vous dit : « le réseau est coupé », « nous n’avons pas ce médicament en stock CMU » ou « revenez demain ». Le système souffre de lourdeurs administratives et de retards de paiement qui découragent les prestataires de soins. Pour les populations du secteur informel, malgré les annonces de gratuité ou de ticket modérateur réduit, l’accès effectif aux soins reste difficile.En tant que député, je ne me contenterai pas des rapports du Ministre. J’irai faire des « testings » inopinés dans les centres de santé et je convoquerai les responsables de la CNAM pour qu’ils s’expliquent publiquement sur ces dysfonctionnements. La santé ne peut pas être un slogan de campagne.
Journaliste : Vous abordez souvent la question de la jeunesse. Le chômage des jeunes diplômés reste élevé malgré les chiffres officiels de 2,3% ou 3% parfois avancés. Vianney Koffi : Ces chiffres de 2 ou 3% sont une plaisanterie statistique qui masque le sous-emploi et la précarité. La réalité, c’est que près de 19% des jeunes sont au chômage ou dans des emplois de survie.Le drame, c’est l’inadéquation formation-emploi. Nous continuons de former des milliers de sociologues et de juristes alors que le marché demande des techniciens, des codeurs, des ingénieurs agronomes.
Journaliste : Justement, vous êtes ingénieur. L’école ivoirienne est-elle prête pour les défis de demain, comme l’Intelligence Artificielle?
Vianney Koffi : Absolument pas, et c’est mon plus grand souci. Pendant que nous débattons de politique politicienne, le monde avance à la vitesse de l’IA. Le rapport PASEC a déjà tiré la sonnette d’alarme sur le niveau fondamental en lecture et en mathématiques. Si nos enfants ne maîtrisent pas la base, comment vont-ils maîtriser l’algorithme?
Je propose une réforme radicale : l’introduction du code informatique dès le primaire et un plan d’urgence « École Numérique » financé par une taxe sur les bénéfices des géants de la téléphonie.L’école doit cesser de fabriquer des chômeurs pour former des créateurs de richesse.
Journaliste : Pour finir, le rôle du député est aussi de contrôler le train de vie de l’État. C’est un sujet tabou?
Vianney Koffi : Pas pour moi. Les Ivoiriens sont choqués quand ils entendent parler d’augmentations d’indemnités parlementaires alors que le SMIG peine à couvrir les besoins.
Un député perçoit environ 30 millions de FCFA par an hors avantages divers , sans compter les 4×4 et autres privilèges. Je ne suis pas contre le fait qu’un élu soit bien payé pour être incorruptible. Mais je suis contre l’opacité. Si je suis élu ce samedi, je publierai mes revenus et l’utilisation de mes frais de mandat. Je serai un député redevable.
Journaliste : Votre dernier mot aux électeurs de Cocody pour ce samedi 27 décembre?Vianney Koffi : Ne vous laissez pas voler votre voix par les consignes des états-majors qui vous ont méprisés en octobre. Cocody mérite mieux que d’être une simple caisse de résonance des partis. Votez pour la compétence, votez pour la cohérence.
Ce samedi, choisissez un député qui connaît vos problèmes parce qu’il les vit, et qui a les solutions techniques pour les résoudre. Je suis prêt.













