« J’ai pactisé avec le diable » : quand la quête de richesse vire au cauchemar

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Par-delà la littérature, un miroir tendu à la société africaine contemporaine : le roman de Frédéric Herman Tossoukpè interroge la fascination pour l’enrichissement rapide et ses dérives spirituelles.

« J’ai pactisé avec le diable » : quand la quête de richesse vire au cauchemar

« Je voulais la richesse. J’ai perdu ma mère, mon fils… et mon âme. » Cette phrase, en exergue du roman J’ai pactisé avec le diable, résonne comme un glas. Le livre signé Frédéric Herman Tossoukpè, écrivain béninois, s’inspire d’un témoignage réel : celui de Lamin Jawara, jeune Gambien sans repères, happé dans l’engrenage des pratiques occultes au nom d’un rêve d’ascension sociale.

Privé de figure paternelle, sans diplôme ni emploi, Lamin n’aspire qu’à une chose : sortir sa mère de la misère. À 19 ans, il franchit une ligne invisible. Dans un village isolé du Sénégal, il scelle un pacte avec un marabout réputé. Il y reçoit argent, bijoux, pouvoir. Mais la monnaie d’échange est inavouable : sacrifices, rites initiatiques, nuits sans sommeil et morts mystérieuses.

Ce qui commence comme un succès vire peu à peu à la tragédie : la mort brutale de sa mère, l’accident tragique de son enfant, puis son propre corps qui décline. Lamin comprend alors ce que tant de jeunes, aujourd’hui encore, refusent de voir : l’argent facile cache un prix qu’aucune fortune ne peut rembourser.

Au-delà du style narratif efficace, ce roman s’inscrit dans une problématique bien réelle. En Afrique de l’Ouest comme ailleurs, la montée du culte de l’argent facile et des pratiques mystiques de « magie financière » séduit une jeunesse désemparée, prise entre chômage endémique et fascination pour les standards de réussite véhiculés par les réseaux sociaux.

Dans un monde où les valeurs communautaires reculent au profit de l’individualisme, où la spiritualité est instrumentalisée au service de l’ego et non du bien commun, le témoignage de Lamin Jawara fait figure de signal d’alarme. Il rappelle que la pauvreté matérielle ne justifie pas la pauvreté morale, et que certaines portes, une fois ouvertes, ne se referment jamais sans conséquence

Dans de nombreuses sociétés africaines, le sujet du pacte avec les forces occultes est souvent relégué à la rumeur, au folklore ou aux discussions de salon. Peu osent en parler de manière frontale. En donnant voix à un rescapé de ces pratiques, Frédéric Herman Tossoukpè brise un tabou, et appelle à une véritable réflexion spirituelle et sociale.

Le livre, qui connaît un fort bouche-à-oreille dans plusieurs pays francophones, notamment en Côte d’Ivoire, au Cameroun et au Bénin, s’inscrit dans une dynamique de littérature engagée, où la plume devient un outil de conscientisation.

De mon point de vue , ce témoignage vient rappeler que le défi africain n’est pas seulement économique : il est éthique et spirituel. Face à la pauvreté, à la pression sociale, à la mondialisation des fantasmes de richesse, que propose-t-on réellement à nos jeunes ? Si les repères éducatifs, religieux et communautaires vacillent, qui tiendra la lampe dans la nuit ?

L’intérêt de ce roman dépasse les frontières africaines. Il soulève la question universelle de l’attrait pour les voies obscures dans un monde traversé par les inégalités. La promesse de « tout avoir, tout de suite » n’est pas propre à l’Afrique. Mais là où l’État est faible, la jeunesse vulnérable, et l’éducation morcelée, les conséquences peuvent être plus destructrices encore.

À lire :

Titre : J’ai pactisé avec le diable
Auteur : Frédéric Herman Tossoukpè
Éditeur : GASKOU
Genre : Roman inspiré d’une histoire vraie
Thèmes : Occultisme, jeunesse africaine, spiritualité, quête de richesse, sacrifice

Un livre à ne pas lire à la légère. Ni à ignorer. Car derrière chaque « miracle » de richesse, il y a peut-être un Lamin qui souffre en silence.

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