Journée de l’enfant africain : de Soweto 1976 à aujourd’hui, la promesse encore fragile d’une éducation souveraine

Votre Pub ici !

Partager cet article

Le 16 juin 1976, dans les rues de Soweto, des milliers d’écoliers sud-africains descendent pacifiquement dans la rue. Ils protestent contre l’imposition de l’afrikaans comme langue d’enseignement, symbole du système d’apartheid. La répression sera brutale. Plus de 170 jeunes trouvent la mort ce jour-là sous les balles de la police. Soweto deviendra un symbole mondial du combat pour l’émancipation éducative en Afrique.

Journée de l’enfant africain : de Soweto 1976 à aujourd’hui, la promesse encore fragile d’une éducation souveraine
Jeunes africaines

Depuis 1991, cette date a été consacrée par l’Union africaine comme la Journée de l’enfant africain, destinée à rappeler le prix payé par cette jeunesse et l’urgence toujours actuelle des droits de l’enfant sur le continent.

Près d’un demi-siècle après Soweto, où en est l’Afrique ? Force est de constater des avancées. La généralisation de l’accès à l’école primaire s’est accélérée dans de nombreux pays. Des progrès significatifs ont été enregistrés sur la parité filles-garçons, les taux de scolarisation et l’accès au cycle fondamental. Plusieurs États ont inscrit dans leurs constitutions le droit à l’éducation.

Mais ces progrès restent fragiles et contrastés. L’Afrique subsaharienne demeure la région du monde la plus en retard en matière d’éducation. Selon les données de l’UNESCO et de l’UNICEF, près de 98 millions d’enfants en âge scolaire ne sont toujours pas scolarisés sur le continent en 2024. La qualité de l’enseignement est également source de préoccupation : manque criant de formateurs qualifiés, infrastructures insuffisantes, programmes parfois obsolètes, inadaptation des contenus aux réalités socio-économiques locales.

Les multiples crises que traverse le continent accentuent cette vulnérabilité éducative. Les conflits armés (au Sahel, dans la Corne de l’Afrique, dans les Grands Lacs), les déplacements forcés de populations, le terrorisme, ainsi que les conséquences économiques des chocs sanitaires récents (notamment la pandémie de Covid-19) ont lourdement pesé sur les budgets éducatifs. Dans plusieurs zones de conflit, les écoles deviennent elles-mêmes des cibles ou des lieux désertés par peur.

Par ailleurs, la question budgétaire reste centrale. Selon l’UNESCO, plusieurs États africains consacrent encore moins de 4 % de leur PIB à l’éducation, en dessous des recommandations internationales. Dans un contexte de dette croissante et de ressources fiscales limitées, l’éducation reste souvent reléguée derrière des priorités sécuritaires ou macroéconomiques.

Le combat de Soweto était aussi linguistique. Aujourd’hui encore, l’essentiel de l’enseignement africain est délivré dans les langues officielles héritées de la colonisation : français, anglais, portugais. Or, l’apprentissage dans la langue maternelle reste reconnu comme un levier crucial de réussite éducative.

Des pays comme le Rwanda, l’Éthiopie, ou le Mali ont amorcé des politiques de promotion des langues nationales dans l’enseignement, avec des résultats variables. Mais les défis restent considérables : manque de manuels dans les langues locales, absence de standardisation orthographique, formation insuffisante des enseignants, absence de consensus politique dans plusieurs États.

Avec une population dont plus de 60 % est âgée de moins de 25 ans, l’Afrique possède le gisement démographique le plus dynamique de la planète. Mais ce potentiel ne deviendra un atout que si cette jeunesse est formée, qualifiée, protégée et insérée dans des économies capables d’offrir des perspectives d’emploi et d’entrepreneuriat.

À défaut, le continent court le risque d’un déséquilibre social majeur, d’une instabilité politique accrue et d’une multiplication des migrations forcées. Comme le soulignent de nombreux économistes africains, l’éducation constitue dès lors un investissement stratégique, à la fois économique, politique et sécuritaire.

En définitive, la Journée de l’enfant africain n’est pas qu’une commémoration historique. Elle demeure un indicateur politique des priorités africaines face à un défi stratégique majeur : construire des systèmes éducatifs endogènes, souverains, inclusifs et résilients.

Alors que l’Afrique revendique aujourd’hui un siège plus important sur la scène internationale au G20, au Conseil de sécurité, dans les grandes instances économiques, la crédibilité de sa voix dépendra aussi de la solidité de son capital humain. Soweto continue de résonner. Pas seulement comme un drame du passé, mais comme un rappel exigeant à la responsabilité collective des gouvernants africains.

Partager cet article

Recherche en direct

Catégories

Votre Pub ici !

Autres publications

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Activer les notifications Accepter Non, merci