Kankourang en péril : entre TikTokisation et oubli du sacré, un patrimoine menacé

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✍️Par Imam chroniqueur Babacar Diop pour Dunia News – Mbour, Sénégal

Symbole ancestral des sociétés mandingues et figure incontournable des rites d’initiation, le Kankourang traverse une crise identitaire profonde. Classé au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO depuis 2008, il se voit aujourd’hui exposé, instrumentalisé, voire profané à l’ère du numérique. Ce qui relevait autrefois du mystère et du sacré devient désormais un objet de divertissement, filmé, posté, liké — jusqu’à en perdre son essence.

🎭 De gardien sacré à phénomène TikTok ?Longtemps réservé à des circonstances précises — initiations, rituels de purification, protection spirituelle

— le Kankourang incarnait une figure de discipline et de cohésion communautaire. À Mbour, berceau de cette tradition, son apparition imposait le silence, le respect, voire la peur sacrée. Mais aujourd’hui, les réseaux sociaux redéfinissent son rôle. On le voit dans des mariages, dans les rues, parfois même dans des concerts ou sur les campus. Le numérique banalise ce que l’initiation protégeait autrefois du regard public.

🔴 « Le passage de la sacralité à la viralité est l’un des plus grands dangers contemporains pour les cultures traditionnelles », alerte le sociologue béninois Paulin Hountondji. Cette bascule transforme le Kankourang en simple contenu viral, détaché de tout cadre rituel ou symbolique.

💸 Entre marchandisation et folklore

À travers les festivals touristiques, les défilés culturels et les vidéos à clics, le Kankourang devient une figure folklorique, marchandée, parfois même caricaturée. Pour la chercheuse Fatou Sow Sarr, « quand la culture devient spectacle, elle perd son lien sacré avec l’histoire et la communauté ».Plusieurs témoignages font état d’initiations écourtées, de masques loués pour des soirées, et de jeunes « Kankourangs » amateurs qui ignorent les codes ancestraux. À l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, des apparitions nocturnes hors contexte ritualisé inquiètent les puristes : « Ce sont des meurtres symboliques », accuse le Dr Moussa Diop du CESTI.

📣 Une prise de conscience nécessaire

Dans un Sénégal tiraillé entre tradition et modernité, cette dérive alerte les acteurs culturels et religieux. Le philosophe Souleymane Bachir Diagne plaide pour une modernité enracinée : « La modernité ne doit pas tuer la tradition, mais dialoguer avec elle. » La Constitution sénégalaise elle-même, en son article 8, garantit le droit de chacun à la pratique de sa culture.

🔔 Appel à une gouvernance culturelle éthique

Entre valorisation et profanation, un équilibre reste à trouver. Le numérique n’est pas l’ennemi : mal utilisé, il devient destructeur ; mais bien pensé, il peut être un vecteur de transmission. Pour Hamady Bocoum, ancien directeur du Musée des Civilisations Noires, « il est urgent d’élaborer des chartes d’usage éthique du patrimoine culturel à l’ère numérique. »

🌍 Le défi est lancé : préserver l’âme du Kankourang, tout en l’adaptant à une époque où le sacré se monnaye et se filme. Voulons-nous d’un Kankourang qui enseigne… ou qui amuse ?

📌 Pour Dunia News, cette alerte concerne bien plus qu’un masque : elle interroge notre rapport au sacré, à la mémoire et à la transmission.

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