Khadim Bamba Dia, alias Plume-Perdue : un poète debout entre cri du monde et souffle mystique
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Saint-Louis, Sénégal – À 25 ans, Khadim Bamba Dia, connu sous le nom de scène Plume-Perdue, incarne une nouvelle voix de la scène poétique sénégalaise. À la croisée du slam, de la performance scénique et de la spiritualité soufie, il trace un chemin singulier, enraciné dans l’histoire de sa ville natale, Saint-Louis, et tendu vers les imaginaires contemporains.
Dreadlocks en bataille, silhouette libre et regard perçant, il impose d’emblée une présence. Dès qu’il monte sur scène, le public scande : Plume-Perdue ! comme une incantation. « Je ne suis pas là pour plaire, je suis là pour témoigner », affirme-t-il. Et c’est bien ce témoignage que l’artiste met en œuvre : un art de la parole incarnée, traversée par l’émotion, la mémoire et la foi.
Une vocation née sur les rives du Fouta
Né à Saint-Louis du Sénégal, dans un environnement à forte énergie féminine – mère enseignante, tantes protectrices, grand-mère affectueuse –, Khadim grandit dans un univers sensible. Il confie avoir toujours été attiré par l’invisible, aimant marcher seul « à l’heure des djinns », persuadé d’y capter des présences. Déjà, la poésie affleurait sans mots.
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Pourtant, son parcours ne le destinait pas à la scène. Après un baccalauréat scientifique, il obtient en 2021 une licence en agronomie, avant de bifurquer vers l’art, en quête de sens : « J’ai compris que mon bonheur n’était pas dans la science mais dans la création ». Cette révélation naît en 2014, lorsqu’il quitte sa mère pour Podor. C’est là, dit-il, que ses premiers poèmes voient le jour, au bord du fleuve.
Poète, prophète, performeur
De slam en poésie, Plume-Perdue collectionne les reconnaissances. Il remporte le concours national sur l’avortement médicalisé organisé par l’Association des juristes sénégalais, et brille au concours international Slam Covid initié par l’Unesco et le Haut-Commissariat des droits de l’homme. Son texte « Déclare ta flamme à Free » lui vaut aussi le premier prix, avec une déclaration d’amour à l’ère du numérique.
Il s’impose comme double champion régional de slam à Saint-Louis, lauréat du Fesnac (Festival national des Arts et de la Culture), et multiplie les performances : du Festival de Jazz de Saint-Louis à KinAct à Kinshasa, en passant par les Comores ou encore des résidences à l’Espace Médina.
Mais Khadim Dia refuse les étiquettes. « Je ne suis plus seulement un slameur. Je suis poète, performeur, mystique. » Inspiré par Joe Ouakam, Djibril Diop Mambéty ou Wasis Diop, il explore une poésie hybride : entre récital, image, chant, geste et silence, entre nuit mystique et cris du monde.
L’écriture comme prière
Issu d’une sensibilité soufie, Plume-Perdue voit la parole comme une voie spirituelle. « Écrire, c’est prier. Dire, c’est interroger l’invisible. » Cette conviction innerve Poésie et Prophétie, son premier recueil publié en 2023 aux éditions Ndaxnam, avec une ouverture sur Cioran et un long monologue nourri de solitude et d’espérance.
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Un second ouvrage, « Promis, demain j’arrête ! », est en préparation : plus urbain, plus brut, où il affronte ses doutes et ses ironies. Il travaille aussi sur un album poétique en gestation, Gàngunaay, fusion entre traditions sonores et textures modernes, amorcé par le clip Dooley Mbëggeel, tourné dans les ruelles poétiques de Saint-Louis.
Une parole libre et engagée
Refusant les assignations sociales, Plume-Perdue se définit par la désobéissance créatrice. « Faire de l’art chez moi, c’était déjà trahir. Mais j’ai dû désobéir pour être moi-même. » Son œuvre est aussi politique, au sens profond : une parole lucide, vulnérable, debout.
Il collabore avec des artistes de divers horizons : le photographe Salif Keita sur Death of Me, le poète Sidi Ba sur Tukki (performance sur la migration), ou encore le danseur Roger Sarr sur Ambition Binocarde.
Une voix pour le présent
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Ni dogmatique, ni mondain, Plume-Perdue incarne une poésie radicale, sensible et ancrée. À Saint-Louis, sa ville-pont entre fleuve et mer, il continue d’inventer un art où la parole console, bouscule et éclaire. Un art sans costume, porté par la sincérité. « Ce qui sauve, dit-il, ce n’est pas le succès. C’est la sincérité de ce qu’on porte. »
Imam chroniqueur Babacar Diop
babacar19diop76@gmail.com













