Koungheul : Les Amazones de l’arachide, symbole d’une dignité laborieuse

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Koungheul : Les Amazones de l’arachide, symbole d’une dignité laborieuse

Au cœur du Sénégal, dans la région de Kaffrine, à plus de 360 kilomètres de Dakar, Koungheul vit au rythme de ses femmes battantes. Dans cette localité, où le soleil frappe dur et la poussière ne retombe jamais, des centaines de femmes issues de milieux modestes affrontent chaque jour la rudesse de la vie à travers un commerce ancestral : la vente de pâte, de poudre et d’arachide décortiquée. Ces « Amazones de l’arachide » incarnent à elles seules la résilience, la dignité et la foi dans le travail.

Sous le soleil de plomb, Sira Camara, un foulard serré autour de la tête, arpente les abords de la route nationale 1. Dans une main, son seau de pâte d’arachide ; dans l’autre, sa volonté de survivre. Sa voix, fatiguée mais ferme, fend le vacarme des moteurs :
— « Venez acheter la pâte et la poudre d’arachide ! »

Chaque passage d’un bus ou d’un camion est pour elle une opportunité. Elle court, négocie, sourit. Derrière ce ballet incessant se cache une vérité simple : ici, la vie se gagne à la sueur du front.
« C’est devenu plus difficile. La clientèle se fait rare, mais on continue, car la faim ne prend pas de congé », confie-t-elle, le regard chargé de courage.

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Des reines de la débrouille sans relâche

Autour d’elle, d’autres femmes — Marie Kane, Seynabou Tiène, Aminata Tall, Fatoumata Diallo — partagent le même combat. Elles se lèvent à l’aube, prennent d’assaut les trottoirs et croisements animés de la ville, affrontant chaleur, pluie ou vent, avec un seul objectif : nourrir leurs familles.
« La bravoure n’a pas de sexe », lance l’une d’elles, le sourire fier.

Les prix varient selon les formats : de 5.000 à 25.000 FCFA le seau. À Dakar, les mêmes produits sont revendus presque au double. « On se débrouille comme on peut, pour ne pas tendre la main ou voler », explique Aminata Tall, dans un souffle, les bras couverts de farine d’arachide.

Le courage comme héritage

Pour ces femmes, le travail n’est pas seulement une nécessité économique ; c’est une valeur morale. Certaines n’ont jamais fréquenté l’école, d’autres n’ont pas de qualification, mais toutes ont un sens aigu de la dignité. « Ce métier est pénible, mais il nous maintient debout. Nous ne demandons pas la charité », insiste Fatoumata Diallo, mère de plusieurs enfants, qui soutient son époux retraité grâce à ses modestes gains.

Malgré les difficultés, aucune d’entre elles ne baisse les bras. Elles œuvrent seules, sans soutien institutionnel, sans groupement d’intérêt économique (GIE) pour les structurer. « Si nous étions organisées, nous pourrions bénéficier de financements. Mais ici, c’est chacune pour soi, Dieu pour tous », déplore Seynabou Tiène.

Des femmes debout, malgré tout

Ces vendeuses d’arachide, piliers silencieux de l’économie informelle, rappellent que le travail des femmes est souvent le premier bouclier contre la misère. Elles affrontent la précarité avec une foi inébranlable, une énergie que ni la chaleur ni la fatigue ne peuvent briser.

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À Koungheul, on dit souvent : « La main de la femme ne dort pas ».
Ces reines de la débrouille incarnent ce proverbe à merveille — debout dès l’aube, dignes jusqu’au soir, fières d’appartenir à cette génération de femmes qui, sans bruit, portent sur leurs épaules la survie de tout un foyer.

par Imam chroniqueur Babacar Diop

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